Cette famille est présente dans l’ascendance de mes enfants dans la branche de Beaumont de Rochemure que j’ai présentée en 5 actes ici . Voici ce que j’ai découvert sur cette famille :

Jean Thorrenc était simple notaire et il mourut à Saint-Maurice-de-Lignon vers 1505. Son successeur est maître Guyot Thorrenc qui vivait en 1539.


Dès 1579, une reconnaissance parle de feu noble Jean de Thorrenc, seigneur de Blassac. Il doit s’agir d’un proche parent des deux précédents et probablement du père d’Hector qui suit.


Hector de Thorrenc est docteur ès droits. Il devient lieutenant du bailli du Velay puis juge du Velay du 25 février 1545 à 1551.

Il épouse Jehanne de Fay le 6 février 1563 :

Dès 1564, Hector de Thorrenc achète la seigneurie du Lignon à Jean Mitte seigneur de Mitte, Monts, Chevrières, Miollans, Lignon et Vaugelas. Il n’en possède alors que les deux tiers qui appartenaient aux Mitte. Il prête hommage à l’évêque du Puy en 1565 :

Répertoire général des hommages de l’évêché du Puy Source

Il devient Juge-Mage de la Sénéchaussée du Puy de 1564 à 1574 date de sa démission en faveur de son parent, Jean Bertrand (gendre d’une Valence de Thorrenc).

Le 8 mars 1587, Hector de Thorrenc, ayant l’intention d’acheter la tierce partie de la seigneurie du Lignon, nomme pour ses procureurs qui vont agir dans cette affaire son beau-père noble et puissant seigneur Christofle de Fay seigneur de Gerlande et sa propre femme Jehanne de Fay. Le vendeur est puissant seigneur messire Pierre de Châteauneuf seigneur et baron de Rochebonne, chevalier de l’ordre du roi. Dans cet acte il fait également un codicille à son testament passé le 5 et redit que son héritier universel est Jehan de Thourenc son fils ainé. Il n’est pas sûr de vivre jusqu’à l’achat et prévoit tout en détail et entre autre le manque de liquidité pour lequel il prévoit la vente d’une certaine rente.

Il meurt peu après puisque sa femme agit dès cette année. Elle a sans doute acheté la dernière partie comme il le souhaitait mais à une autre personne, c’est étonnant !

Répertoire général des hommages de l’évêché du Puy Source

À moins que cet homme ait acheté la tierce partie et qu’ensuite il l’a lui vende en échange de la fameuse rente sur La Bâtie d’Andaure en Vivarais, une importante et très ancienne forteresse qui occupait toute la surface du vieux bourg actuel (en Ardèche).

Les enfants connus du couple Hector de Thorrenc et Jehanne de Fay sont :

  • Jehan de Thorrenc, le fils ainé, déjà évoqué, hérite de la seigneurie de Lignon. Il épouse Ylaire du Verney de La Garde dont il a trois filles
    • Jeanne de Thorrenc, dame du Lignon, épouse par contrat le 14 juin 1620 Jacques de Fay (parmi les témoins Valentin de Thorrenc et Charles de Chabannes) puis le 23 août 1626 Marc de Beaumont de Rochemure. Voir ici .
    • Cécile de Thorrenc épouse le 2 août 1626 Nicolas Clavières (+>1645) d’où une nombreuse descendance sur Saint-Agrève.
    • Catherine de Thorrenc (+>1650) religieuse.
  • Valentin de Thorrenc seigneur de Blassac, est cité parrain en 1609 et 1612 à Yssingeaux et témoin en 1624 au contrat de mariage de Jeanne de Thorrenc qui est sa nièce, et à celui de Just-François de Fay, qui est son cousin germain.
  • Rose de Thorrenc (ca 1580-1680 Monistrol-sur-Loire) est mariée avant 1610 à Vital de La Borie et peut-être remariée à Jean Richard.
  • Marguerite de Thorrenc est mariée par contrat le 11 février 1612 à Charles de Chabannes co-seigneur de Montregard.

Quelques brides d’actes de la cour ordinaire du Lignon nous apprennent que Messire maitre Marcellin de Tourenc bachelier en droit et châtelain (peut-être un frère ou proche parent de Hector de Thorrenc), et Simond Blanchard lieutenant du mandement de Lignon agissent le 26 mars 1588. Devant eux se présente Me Anthoine Morizon procureur juridictionnel qui confirme avoir fait appeler les hommes emphytéotes pour qu’ils prêtent foi et obéissance à leur seigneur du Lignon Jehan de Tourenc. S’ensuit la liste de tous ces hommes qui se sont présentés en tête de laquelle se trouve le châtelain Marcellin de Tourenc. Cela est renouvelé le 31 janvier 1589, et seuls deux hommes ne se sont pas présentés.

En 1589, Jehan de Tourenc dépose une requête aux états particuliers du diocèse du Puy pour y être reçu comme possesseur et seigneur de l’entière seigneurie antique du Lignon avec haute, moyenne et basse justice, composée de 21 villages, 120 hommes justiciables. Il fait sa justice avec un châtelain, un juge, un lieutenant, un procureur, un greffier, deux sergents et un corretier, office formé pour mesurer le vin de tout le mandement. Les hommes emphytéotes sont taillables aux 5 cas, d’ancienneté, composition ou nouvelle reconnaissance et sont tenus au guet et à corvées. Le seigneur a le droit exclusif de chasse et de pêche sur toute sa terre.

Il a droit de lever péage sur les mulet et bêtes à bâts chargés de marchandises, sauf le vin et le charbon, sur tout le mandement du Lignon dont tout le bétail exposé à vendre ou vendu aux foires et marchés voisins qui passe sur ses terres.

Carte de la seigneurie moins une demi-douzaine de hameaux que je n’ai pu localiser

Il a deux ports sur le lignon, l’un sur le grand chemin du Puy à Lyon, l’autre allant du château de Lignon à Annonay. Il a aussi des moulins forçables sur le Lignon sous son château. Ce sont des moulins à eau régulée, avec un bief et une vanne que l’on peut forcer pour donner plus de force motrice.

Il a des mesures particulières de blés et vin marquées de ses armoiries.

Nous y trouvons aussi une description du château du Lignon aujourd’hui quasiment disparu : « une fort ancienne maison de marque et des plus forts du pays tout entourée et circuite de la rivière de Lignon qui lui sert de fossé fors l’advenue de la porte qui est fortifiée par un fort pont-levis posé sur un effroyable précipice (…) et moulins forsables au dessous sondit château sur ladite rivière« .

En 1862, Francisque Mandet le décrit ainsi : « Au fond des gorges abruptes du Lignon, à sept kilomètres de Monistrol, dans le site le plus sauvage, on aperçoit, exposés à toutes les intempéries du nord, quelques pans de murailles et une tour presque entièrement ruinée. » Une description en 1874 dans les Tablettes historiques de la Haute-Loire nous indique « Nous sommes donc allé visiter et parcourir ces ruines, et nous les avons trouvées bien tristes, bien silencieuses, suspendues à plus de 150 mètres au-dessus de deux antiques moulins, qui, eux du moins, n’ont pas cessé leur bruit depuis bien des siècles. Comme le dit M. Mandet, il ne reste du vieux manoir qu’une tour carrée dénudée de son toit, et quelques débris d’une muraille dont l’enceinte rappelle assez exactement la place du château fort. Bâti sur un rocher dont la plate-forme ne pouvait renfermer qu’un jardin et le corps de logis nécessaire pour abriter une faible garnison, il n’était abordable que du côté sud-ouest, par une langue de terre fort étroite et que le travail d’un seul homme pendant quelques heures, creusant une tranchée, pouvait rendre impraticable même à des gens de pied. Par les trois autres côtés, l’escalade semblait impossible, ses murs de défense s’élevant à pic sur les bords du roc, et dominant des précipices’ d’une très grande profondeur. On pourrait, à notre avis, donner ce site comme un modèle de petits fortins (fortalicia) que nos chevaliers batailleurs, au Moyen-âge, aimaient à construire, en forme d’aires, sur les rochers de notre pays.« 

J’ai cherché à situer le château-fort de Lignon et ai trouvé divers documents permettant de retrouver sa situation exacte :

Extrait de la carte de Cassini XVIIIe siècle

Aujourd’hui il n’en reste pas grand chose…

On peut voir quelques photographies des ruines sur Google Maps grâce aux photographies de Alexandre Seux qui me précise qu’ « il ne reste actuellement que quelques ruines du château du Lignon. Son accès se fait par un chemin, dans une forêt. Il est d’ailleurs encore pavé. »


Signature de Jeanne de Tourenc

Jeanne de Torrenc, que j’ai présenté ici et , épouse de Marc de Beaumont de Rochemure, transmet la seigneurie du Lignon successivement à ses fils Jacques Gabriel de Beaumont de Rochemure puis à Jean Joseph de Beaumont de Rochemure. C’est ce dernier qui vend la seigneurie à un lointain cousin.

Répertoire général des hommages de l’évêché du Puy Source

Lors de son testament en 1650, Jeanne de Torrenc fait un legs de 200 livres pour quand il se mariera à l’un de ses anciens serviteurs domestiques pour les services qu’il lui a rendus : Sr Claude de Torrenc dit Blassat.

On retrouve cet homme cité exactement comme tel Sr Claude de Torrenc dit Blassac dans un accord de 1650 à La Besseyre-Saint-Mary. Il est alors indiqué comme ayant reçu les droits de Antoine Deportes et c’est Marc de Beaumont de Rochemure qui agit pour lui (source).

Je le pensais probablement parent avec ma Cécile de Torrenc, maitresse de Marc de Beaumont de Rochemure, et je n’avais pas tort ! En effet, c’est un acte de rémission du 14 février 1672 qui donne la clé et me l’indique sœur et héritière de Sr Claude de Torrenc dict Blassac

Rémission 1672 à La Besseyre-Saint-Marie
  • Puisque Cécile de Torrenc possède un domaine aux Foyes à Monistrol-sur-Loire (village mitoyen de Saint-Maurice-de-Lignon et domaine dépendant de la seigneurie du Lignon) ;
  • puisque que le couple Cécile de Torrenc et Marc de Beaumont de Rochemure y résidait en 1661 lors de leur mariage ;
  • puisqu’ils ont eu besoin d’une dispense de mariage ;

… il ne fait aucun doute que la fratrie Damoiselle Cécile de Torrenc et Sr Claude de Torrenc dict Blassac sont apparentés à Jeanne de Thorrenc la première épouse de Marc de Beaumont de Rochemure, originaire de Saint-Maurice-de-Lignon. Surtout quand l’on sait que l’oncle de Jeanne de Thorrenc était Valentin de Thorrenc seigneur de Blassac.

De là à dire que Damoiselle Cécile de Torrenc et Sr Claude de Torrenc dict Blassac sont des enfants de Valentin de Thorrenc seigneur de Blassac il n’y a qu’un pas. Je mettrais tout de même une nuance en supposant que ce sont des enfants naturels.

Quelles preuves ai-je ?

  • Sr Claude de Torrenc dict Blassac ne possède pas la seigneurie, il est simplement « dit Blassac » ;
  • il a été serviteur domestique de Jeanne de Thorrenc qui lui fait un legs pour son mariage ; c’est assez révélateur d’un enfant naturel, tant à cause de son statut professionnel que du legs car c’est tout à fait le genre de legs que j’ai déjà rencontrés pour des bâtards dans la région ;
  • quant à Damoiselle Cécile de Torrenc je remarque qu’elle signe Cecille Torranc de 1643 à 1656 même si le notaire la désigne comme Damoiselle Cécile de Torrenc. Et quand elle se marie elle n’est en puissance de personne et aucun témoin n’est de sa parentèle, c’est encore un fait que je rencontre dans les mariages de bâtards. Elle n’ajoute le « de » qu’en 1659 alors qu’elle a quitté la métairie des Hontes Bas pour le château du Besset de son amant. Et elle en profite pour retirer un « r« .

Je pense donc que le frère et la sœur, Damoiselle Cécile de Torrenc et Sr Claude de Torrenc dict Blassac, ont accompagné comme domestique leur cousine lors de son mariage. L’époux de cette dernière s’est amouraché de la petite demoiselle de compagnie… Il l’a installée dans une de ses métairie, Hontès Bas, où elle lui a donné régulièrement des enfants jusqu’à devenir son épouse après le décès de sa cousine… Ils ont vécu une histoire d’amour au moins de 1643 au décès de Marc de Beaumont de Rochemure en mars-avril 1670.

Et je remarque que l’orthographe de Valentin de Thorrenc seigneur de Blassac est « de Toranc » dans la transcription du contrat de mariage de son cousin germain Just François de Fay en 1624 (source). Ce n’est donc sans doute pas un hasard si Cécile de Torrenc signe avec un « a » aussi !

Je peux donc reconstituer la famille ainsi avec la branche de Jeanne de Thorrenc en jaune vif et celle de Cécile de Thorrenc en rouge :

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