Les Chouliac : épisode 1

Les Chouliac apparaissent à Paris pendant la Révolution Française. Grâce à un cousin, Philippe Braun, qui possède les archives familiales et qui a bien voulu me les numériser, je vais pouvoir dresser l’histoire de cette famille…

L’histoire commence avec …

I) Antoine CHAULIAC

I. Sa naissance

Il nait le 19 novembre 1767 à Barbarange à Maurines, diocèse de Saint-Flour.

En réalité son acte de baptême n’est pas très précis puisqu’il est écrit CHAULLIA ou éventuellement CHAULLIAC mais l’orthographe au baptême d’un cousin sur la même page est plus flagrante pour le C.

Source : R.P. de Maurines, A.D. du Cantal

C’est l’aîné de ses parents mariés 13 mois plus tôt. Ils ont 8 autres enfants. Il est parrain de son plus jeune frère Antoine CHAULHIAC en 1784 alors qu’il a 16 ans.

II. Son domicile

Il part à Paris peu après car un document de 1816 le donne installé à Paris depuis 32 ans soit depuis 1784 justement.

Lors de son mariage en l’an VII (1798), il habite 5 rue des Prêtres, une portion de la rue aujourd’hui disparue.

Il n’est pas seul, perdu dans la grande ville, un grand nombre d’hommes et de femmes de son village sont également à Paris et il vit avec certains de ses parents. Parmi eux, notons, Guillaume Chauliac arrivé dès 1781 son cousin germain et le frère de celui-ci, Jean, arrivé comme lui en 1784. Peut-être ensemble ?

Des cousins un peu plus éloignés sont également arrivés à Paris. Tout ce monde se fréquente comme le prouve les actes de baptême, étant parrains et marraines de leurs enfants respectifs. Ils habitent dans la même rue, voir dans la même maison !

III. Sa profession

Mon Antoine et ses cousins germains sont charbonniers, porteurs de charbon. Les auvergnats avaient déjà colonisé Paris à la fin du XVIIIe siècle où ils s’astreignaient aux travaux durs et fatigants que les parisiens boudaient : porteurs d’eau à l’origine, comme certains cousins, puis porteurs de charbon comme ceux-ci. D’ailleurs le terme de “Bougnat” qui désignera les Auvergnats de Paris viendrait de là : sans doute l’abréviation de charbougnat, la combinaison de charbonnier et auvergnat, avec l’accent.

Nous avons l’immense chance de posséder des documents exceptionnels !

Source : archives familiales de P. Braun

Grâce à ce document qui est une permission de travail, nous savons qu’Antoine Chauliac est charbonnier et plus exactement porteur de charbon. En quoi cela consiste-t-il ?

Source : Estampe de Vernet, Musée Carnavalet

C’est une profession physique, le porteur de charbon a parfois sa propre petite boutique ou bien il travaille pour un patron dont il livre la marchandise. Le charbon est la base du chauffage de l’époque.

Antoine Chauliac avait un surnom dans sa corporation: “Vaisseau Volant” cela vient-il de sa diligence dans la profession et des armoiries de la corporation : “d’azur, à un vaisseau d’argent, accompagné de deux étoiles d’or au haut mât” ?

IV. Son patronyme

Depuis le début, je parle d’Antoine CHAULIAC alors qu’il nait CHAULLIA(C), pourquoi ? Et bien parce que l’orthographe des noms n’était pas encore bien installée. D’ailleurs lors de l’arrivée de cette famille à Paris, la prononciation a fait varier le patronyme mais la seule variante qui a perduré est celle de CHOULIAC pour mon ancêtre !

Dans son acte de mariage dont il ne reste que deux copies d’époque il est orthographié CHOULIAC bien que la mention de la signature du marié donne CHAULIAC. D’ailleurs en parlant de signature, la voici sur le document de 1816 déjà évoqué.

V. Son portrait

Puisque j’en suis à ce document, le voici, c’est un duplicata de carte de sûreté de 1816. Il est très intéressant car il nous donne une description de cet ancêtre alors qu’il a 50 ans (48 ans) ! Et nous apprenons qu’il n’habite plus au 5 rue des Prêtres Saint-Germain-l’Auxerrois mais au 10, déménagement qui a eu lieu entre 1800 et 1807 selon d’autres actes.


Source : archives familiales de P. Braun

Ainsi nous pouvons comparer sa description déjà découverte dans le document de 1819 où il a aussi 50 ans (51 ans).

 1816 1819
Cheveuxchâtainschâtains
Sourcilschâtainschâtains
Frontmoyenrond
Yeuxbrunsbruns
Nezlonglong
Bouchemoyennegrande
Mentonrondrond
Barbechâtainebrune
Visageovaleovale
Teintordinaire
Taille1 m 701 m 63

Quelques différences mais beaucoup de points de communs !

VI. Sa famille

Arrivé donc à Paris à 16 ans en 1784, Antoine Chauliac se marie en pleine Révolution avec une compatriote, Marie Anne Chastang, fille des défunts Jacques Chastang et Cécile Rouzeire. Elle est née à Sarrus dans le Cantal à 4 kilomètres de Maurines le village natal d’Antoine Chauliac ! Elle vit chez son frère Michel Chastang marié à Paris en 1790. Un autre frère marié au pays en 1790 l’a rejoint début 1791. Marie Anne Chastang est fille de confiance, c’est une servante attitrée à une dame, éventuellement une gouvernante.

Ils se marient donc le 10 Frimaire an VII dans l’ancien 12e arrondissement de Paris. Il est accompagné de deux amis, Guillaume Baille, un ardéchois, et Guillaume Mijoule un charbonnier comme lui peut-être de sa région. Elle est assistée de ses deux frères Michel et Jean Chastang. Eux deux exercent d’autres professions subalternes, l’un est frotteur – c’est à dire cireur et nettoyeur de parquets dans les hôtels particuliers si nombreux à Paris – et l’autre est porte-sacs ou portefaix – il charge et décharge des marchandises.


Source : archives familiales de P. Braun

Source : archives familiales de P. Braun

Ils ont au moins 6 enfants :

    1. Jean Chauliac baptisé le 24.09.1800 à Saint-Germain-l’Auxerrois ;
    2. Catherine Chauliac qui meurt le 01.08.1835 de phtisie pulmonaire à 31 ans à Necker, épouse de Durand Chalvet, un compatriote ;
    3. Marie Hélène Chouliac baptisée le 20.07.1805 à Saint-Germain-l’Auxerrois âgée d’un jour et décédée le 19.09.1807 âgée de 26 mois, de fièvre lente suite de petite vérole deux mois auparavant ;
    4. Guillaume Chouliac, qui viendra au chapitre 2 ;
    5. Françoise Adèle Chouliac baptisée le 09.07.1809 à Saint-Germain-l’Auxerrois, née du 26 juin, mariée à un compatriote Pierre Boussuge et décédée le 11 février 1861 dans le 14e arrondissement, tous deux son marchand de charbon ;
    6. Thérèse Alexandrine Chauliac, baptisée le 26.05.1811 à Saint-Germain-l’Auxerrois, née du 7 mai.

VII. Sa fratrie

J’ai trouvé la naissance de 8 enfants du couple Jean Chauliac et Jeanne Bertrand :

    1. Antoine Chaulliac en 1767 ;
    2. Hayral Chaulliac en 1772 ;
    3. Guillaume Chaulliac en 1774 ;
    4. Agnez Chaulliac en 1776 ;
    5. Jean Chaulliac en 1779 ;
    6. Jeanne Chaulliac en 1781 ;
    7. Antoine Chaulhiac en 1784 ;
    8. Marie Chaulhac en 1787.

Je ne savais rien du devenir de ses frères et sœurs jusqu’à ce que mon cousin P. Braun m’envoie un acte concernant toute la fratrie ! Cet acte est de 1834 et a eu lieu à Paris devant Me Bournet-Verron. Leurs parents Jean Chauliac et Jeanne Bertrand sont décédés sans qu’un inventaire n’ait été réalisé. Jeanne Chaulliac agit avec procuration de ses deux sœurs Marie Chauliac la jeune et l’ainée qui demeurent à Maurines tandis que Jeanne habite Paris. Agit avec elle son frère Jean Antoine Chauliac qui est palefrenier à Paris. Ils vendent leur part d’héritage à leur frère Antoine Chauliac charbonnier et Marie Chastang son épouse. La sixième et dernière part appartenait à leur sœur Agnès Chauliac décédée en 1833 à Maurines dont chacun récupère une cinquième partie. L’héritage se compose d’une maison élevée sur un rez de chaussée, un premier étage, un grenier avec une écurie et une cour, de plusieurs pièces de terre, d’un petit jardin et d’une autre petite maison avec un jardin.

Je peux donc préciser :

  1. Antoine Chaulliac (1767-1839) ;
  2. Hayral Chaulliac (1772-<1834) s.p. ;
  3. Guillaume Chaulliac (1774-<1834) s.p. ;
  4. Agnez Chaulliac (1776-1833) s.a. ;
  5. Jean Chaulliac (1779-<1834) s.p. ;
  6. Jeanne Chaulliac (1781-1854) s.p. ;
  7. Antoine Chaulhiac (1784->1834) ;
  8. Marie Chaulhac (1787->1834).
  9. Marie Chauliac (?->1834)

Ne trouvant pas les décès d’Hayral, Guillaume et Jean Chauliac, je les soupçonne d’être décédés à Paris, peut-être même la seconde Marie Chauliac y est-elle aussi née. Dans ce cas, Antoine ne serait pas monté seul à Paris, ses parents l’auraient rejoint au moins pour quelques années…

VIII. Sa mort

Antoine Chauliac souffre de phtisie pulmonaire, il entre à l’Hôtel-Dieu le 17 mai 1839. Il est hospitalisé dans la salle Saint-Landry n°76 et décède 2 jours plus tard le 19 mai 1839 (source : 3Q2.42 et 1Q2.178). Le terme de tuberculose remplacera celui de phtisie pulmonaire à la fin du XIXe siècle seulement. Encore aujourd’hui c’est la maladie infectieuse la plus meurtrière au monde.

Source : Plan de Turgot

Il n’y aura pas de succession, il est déclaré pauvre le 25.09.1839 (source : DQ8/595 n°142). Il est veuf depuis 2 ans, Marie Anne Chastang étant décédée pauvre le 17 février 1837 (source : DQ8/594 n°1264).

IX. Ses proches

Le cousin germain d’Antoine Chauliac, Guillaume Chauliac a eu 3 cartes de sûreté en 1794 pour trois adresses différentes, que s’est-il passé en pleine tourmente révolutionnaire pour qu’il déménage sans cesse ainsi ? En fait il ne va pas très loin, il quitte en février 1794 la rue des Fossés pour rejoindre la rue des Boucheries voisine, en avril 1794 il déménage rue du Muséum de l’autre côté de la Seine, près du Louvre et de son frère et son cousin puis en juillet 1794 il retourne de l’autre côté de la Seine toujours dans le même quartier.

Les différents domiciles

Entre temps ce fameux Guillaume Chauliac est condamné par le tribunal révolutionnaire en sa séance du 3 prairial an II ! Que s’est-il passé ?

Il a participé à “un complot contre la république, tendant à favoriser le succès des armes de ses ennemis, en employant des manœuvres pour leur procurer des secours en argent, notamment en faisant des achats en numéraire beaucoup au-dessus de leur valeur réelle, pour le leur faire passer” avec 4 autres hommes qui sont tous condamnés à mort. Lui a été condamné à seulement 6 années de fer car “il ne l’a pas fait dans des intentions contre-révolutionnaires“. Ce jour-là, il y a eu 8 autres condamnés à mort et un acquitté.

Source : Le courier de l’égalite, Numéros 601 à 650

Dans le Journal d’un bourgeois de Paris sous la Révolution il est dit acquitté. Ce qui a dû lui arriver car deux mois plus tard il déménage et il a des enfants baptisés à Saint-Germain-l’Auxerrois en 1796, 1799 et 1801.

C’est à la fois un cousin germain de mon ancêtre Antoine Chouliac mais aussi un frère d’une ancêtre de mon mari restée elle au pays, à Maurines !

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