Un ancêtre laboureur oui mais encore ?

Cette semaine pour le thème TERRE du #52Ancestors je vais vous présenter un laboureur savoyard, un homme de la terre ! Il s’agit de mon 5e aïeul Claude Pellet. Et comme toutes les semaines j’en profite pour vous faire découvrir l’intérêt des acte notariés !

Secteur de la pièce de terre achetée, située en contre-bas

Claude Pellet fait rédiger son testament et fait faire son inventaire le 1er décembre 1788. Quel document riche d’enseignements ! En dehors des legs, on découvre les biens qu’il possédait et je vais m’attarder plus particulièrement sur les denrées issues de la terre, les outils et le bétail.

Les denrées issues de la terre :

  • 20 coupes de froment qu’il a vendu à raison de 15L au boucher David de Genève
  • 15 coupes de menu blé
  • 7 coupes de seigle, mesures du présent lieu
  • 5 charretés de foin

La “coupe” est une unité de mesure de capacité des mesures sèches équivalant à 70-80 litres.
La charretée est la quantité contenue dans une charrette.

Les outils du laboureur :

  • 1 charriot ferré de médiocre valeur
  • 1 charrue avec son chardolet de petite valeur
  • 1 herse de bonne valeur
  • 2 fossoux
  • 2 haches à bras
  • 1 petite hache
  • 1 serpe
  • 1 pelle
  • 1 pressoir
  • 1 grenier de bois sapin

  
              un charriot                une charrue avec chardolet*      une herse

   
 deux fossoux*               une serpe                 un grenier

Le bétail :

  • 4 mulets 600L
  • 2 vaches et un veau de 7 semaines 100L
  • 2 cochons gras 100L
  • 4 chèvres estimées 20L les 4
  • 1 petit chevreau

On  découvre aussi la description d’une 20e de titres. J’ai recherché tous les actes notariés et j’en ai trouvé quelques autres supplémentaires.

Je vais m’attarder sur celui-ci : le 3 septembre 1780 il achète “sous grâce de rédemptive” une pièce de terre pour la somme de 100 livres du Piémont. Cela signifie que le vendeur possède une “grâce de rachat pendant 5 ans à compter de l’heure présente”. La vente sera alors effective.

Cette pièce de terre appelée “à Lafin de l’Eveau” est située à Boisinges paroisse de Viuz-en-Sallaz.


C’est une pièce d’une demi pose. Euh, pose ? Oui, la pose est une unité de mesure de surface des terres dans la Savoie du nord et la Suisse romande qui équivaudrait au tiers de l’hectare ! Donc cette pièce a une surface d’environ 1667 m2.

Ensuite sa situation est détaillée avec les termes et habitudes de l’époque : “se confine du levant par la terre de Delle Famel, terre Claude Bozet du couchant, terre d’Aimé Corboz du vent, et bize“.

confiner => toucher aux limites
du levant => l’est
du couchant => l’ouest
du vent => le sud
de bize => le nord

Cerise sur le gâteau nous pouvons donc la situer dans le village et même plus puisqu’il est précisé qu’elle porte le n°1217 sur la mappe sarde*.

Source : Mappe sarde de Viuz-en-Sallaz, A.D. de Haute-Savoie

On apprend aussi que c’est l’acheteur qui paiera le load dû au seigneur direct dont la pièce de terre est mouvante, mais l’acheteur et le vendeur ignorent sa mouvance ! S’il ne se signale pas le seigneur n’est pas prêt de toucher le 6e du prix de la vente comme le veut la coutume du pays de Savoie (source) ! Rappelons qu’à cette époque le seigneur est le propriétaire éminent des tenures, les tenanciers n’en ayant que la propriété utile. Cela signifie que le tenancier est le propriétaire foncier qui possèdent la terre à titre héréditaire, il peut en user avec toutes les prérogatives attachées au droit de propriété, y compris l’aliéner. Le seigneur quant à lui garde le “domaine éminent” au nom duquel il perçoit sur ces terres un certain nombre de redevances.

Ne croyez pas pour autant que tout ce qui avait trait à la terre se déroulait chez le notaire ! On apprend dans ce testament-inventaire plusieurs autres affaires :

  • il a une affaire commune de vente de peaux avec Joseph Marie Vigni ;
  • son frère Joseph Pellet lui doit des sommes pour ascensement verbal et prêt fait chez l’aubergiste ;
  • il lui est encore dû des sommes par Pierre Cheneval pour la vente d’un mulet.

Il ajoute un codicille le 6 avril 1789 mais il ne concerne que sa fille Eustache et décède un mois plus tard, le 6 mai 1789, à seulement 46 ans. Il laisse une veuve et 6 enfants dont le dernier n’a pas 1 an…


52 ancêtres en 52 semaines – Semaine 17 : Terre
Challenge de Amy Johnson Crow

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