Notariat parisien et les Gervais

Suite à la réception du contrat de mariage de Marin Gervais et de Françoise Pasquier passé le 30 janvier 1703 à Paris devant Me Antoine Lemoine (MC/ET/CXVII/670). J’ai été très heureuse de pouvoir remonter l’ascendance de l’épouse mais très déçue de ne rien avoir sur l’époux si ce n’est sa signature et sa profession comme je l’ai expliqué dans un précédent article ici.

J’ai alors repris ce que je savais sur la descendance et ai continué à faire des recherches. N’ayant rien trouvé de nouveau sur les 2 fils, “mon” Nicolas et son frère “le bagnard” Claude, Je me suis penchée sur la petite sœur Thérèse Gervais.

Comme son frère Nicolas, elle est née au Bouchet où son père était jardinier pour le propriétaire, Monsieur Bosc seigneur de Vert-le-Petit, maitre des requêtes.

Plans d’intendance. Plan, Ech. 1/200 perches, Dim. 65 x 55 cm, [fin XVIIIe siècle]. (A.D. 91)

Il faut noter que Val-Petit et Vert-le-Petit sont une seule et même commune.

Thérèse Gervais a des parrain et marraine d’importance. Son parrain est Me Isaac Joseph Balade conseiller du roi trésorier receveur général et payeur des rentes à l’hôtel de Ville et sa marraine n’est autre que Dame Grace Angelinne Dognette du Bouchet épouse de Mr Bosc le seigneur du Bouchet, employeur de ses parents. Le baptême a lieu le 7 décembre 1714 mais elle était née depuis le 1er décembre.

Source : R.P. de Vert-le-Petit (A.D. de l’Essonne)

Je la retrouve ensuite qui se marie à Paris, grâce au Fonds Andriveau disponible sur Filae.com, le 28 juin 1738 paroisse Saint-Paul, avec Pierre Marie Lautonne maître boisselier veuf de Jeanne Marie Devaux.

Son identité est confirmée par son décès qui a eu lieu le 9 avril 1741 à l’Hôtel-Dieu où elle était rentrée le 7, âgée de 30 ans. Elle était déjà veuve. En 1741 elle a donc 30 ans et est originaire de Val Petit. C’est elle !

Cet acte reconstitué en 1876 m’est d’une grande aide pour les recherches sur cette famille. En effet, il a été reconstitué grâce à un acte authentique présent dans les archives de l’étude de Me Bournet Verron. L’acte est présent dans un acte de notoriété du 9 mars 1753 passé devant Me Brelut de La Grange.

J’ai donc cherché dans les “Images du répertoire du notaire César Brelut de La Grange pour l’étude XI” sur le site des Archives Nationales https://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr. Et j’ai trouvé cet acte de notoriété ainsi qu’un autre acte à la même date concernant un Nicolas Gervais. Espérant qu’il s’agisse de “mon” Nicolas Gervais, j’ai fait la demande de ces 2 actes aux A.N. et en attendant une réponse, j’ai poursuivi mes recherches en ligne. Et si le couple avait eu des enfants ? J’ai recherché des Lautonne qui pourraient correspondre et j’ai découvert une Marguerite Thérèse Lautonne morte en 1746 à 6 ans qui est bien leur fille avec la même référence pour la reconstitution de l’acte !

J’avais auparavant demandé le contrat de mariage Lautonne/Gervais trouvé sur Généanet avec un peu de chance ou d’astuce… Merci les * dans la recherche !

Généanet

Et le contrat de mariage a confirmé la filiation de la future. Elle apporte 1500 livres dont 1000 livres en deniers comptants et 500 livres pour les meubles et effets dans sa chambre, les habits et linges à son usage. Elle demeure Rue Neuve-Sainte-Catherine, paroisse Saint-Paul, et est fille des défunts Marin Gervais jardinier et Françoise Pasquier. Ce sont deux amis qui les accompagnent, aucun parent.

Signature de Thérèse Gervais à son contrat de mariage – 1738
(MC/ET/LXXXIX/451 aux A.N.)

Décidément les contrats de mariage de la famille ont tendance à décevoir mes espoirs ! Les actes à venir seront-ils plus intéressants pour remonter l’ascendance ? Finalement je n’aurai pas eu à attendre très longtemps ! J’ai reçu aujourd’hui les 2 actes demandés dans la semaine et…

Enfin du nouveau !

Dans l’acte de notoriété reçu, daté du 9 mars 1753, j’apprends que Pierre Lotonne est décédé le 27 novembre 1740 et qu’avec son épouse Thérèse Gervais il a eu une fille unique Marguerite Thérèse Lotonne décédée âgée de 6 ans le 1er janvier 1746. Elle n’a pour héritier que ses oncle et tante maternels, Nicolas Gervais jardinier et Angélique Gervais, fille majeure. Les trois extraits mortuaires sont joints, ils serviront à reconstituer les actes après les destructions de la Commune.

Le second acte reçu concerne justement Nicolas Gervais jardinier et sa femme Marie Loriot, demeurant à Paris rue Saint-Bernard, Faubourg Saint-Antoine, paroisse Sainte-Marguerite, ainsi que sa sœur Angélique Gervais fille majeure demeurant rue et paroisse Saint-Séverin. Cet acte aussi daté du 9 mars 1753 est une vente de rente héritée de leur nièce qui l’avait héritée de son père.

La paroisse d’Angélique Gervais, Saint-Séverin, est la même que celle où est décédée sa nièce Marguerite Thérèse Lotonne. Je pense donc qu’elle avait recueilli la petite orpheline après le décès de ses parents.

Domiciles Gervais sur lePlan Le Rouge – 1749 (Gallica)

Quatre découvertes découlent de cet acte :

  • l’existence d’Angélique Gervais qui m’était alors inconnue,
  • l’existence de Nicolas Gervais encore vivant en 1753 (père naturel de mon ancêtre né en 1733 à Douai !),
  • le décès antérieur à 1753 de Claude Gervais, le bagnard de 1749,
  • un imbroglio d’unions à éclaircir…

Dans cet acte de 1753, Nicolas Gervais est clairement identifié comme mari de Marie Loriot qui signe d’ailleurs Laurieo.

Signature de Nicolas et Angélqiue Gervais en 1753 (MC/ET/XI/580 aux A.N.)

C’est une découverte pour moi car je découvre ainsi une union de mon ancêtre dont je ne connaissais comme mention que celle de 1733 lors du baptême de son fils naturel Nicolas Marin Gervais à Douai (Nord) ! Enfin grâce à cette mention, j’avais retrouvé sa présence dans les registres matricules de l’armée puis son baptême à Vert-le-Petit, tout de même.

Par contre cela va à l’encontre d’une autre information. Lorsque son frère Claude Gervais dit Belair part au bagne en 1749, il est dit époux de Marie Lauriau !

Registre 2 O 07 du bagne de Brest

Les deux frères ont épousé deux homonymes ou une même femme ? Je pense qu’aucune de ces deux suppositions n’est la bonne. Pourquoi ? Parce que d’après une fiche du Fonds Andriveau, Claude Gervais dit Belair a épousé Geneviève Claude Mercier, veuve de Julien Simon Vitry.

Fonds Andriveau – Filae

Et je sais qu’il n’a pas pu épouser ensuite Marie Lauriau entre 1745 et 1749 car Geneviève Claude Mercier est encore en vie en 1753. En effet, elle se remarie le 6 février 1753 à Thomas Maillard. Elle est dite veuve de Nicolas Robert Seigneur. Et le mariage avec celui-ci avait eu lieu le 17 janvier 1739, elle était alors veuve de Julien Simon Vitry.

Geneviève Claude Mercier a donc eu 4 maris :

  • avant 1739, Julien Simon Vitry
  • le 17 janvier 1739 paroisse Sainte-Marguerite, Nicolas Robert Seigneur (veuve Vitry)
  • le 11 février 1745 paroisse Saint-Médard, Claude Gervais dit Belair (veuve Vitry)
  • le 6 février 1753 paroisse Sainte-Marguerite, Thomas Maillard (veuve Seigneur)

Maintenant, il reste une énigme. Pourquoi Claude Gervais dit Belair est-il présenté comme époux de Marie Lauriau lorsqu’il part au bagne ? L’identité des deux frères aurait-elle été mélangée lors de la condamnation ? Il faut que je trouve le jugement du Châtelet de Paris en date du 23 octobre 1749 qui condamne Claude Gervais dit Belair à trois ans de bagne pour vol de bois !

Le Grand Châtelet au XVIIIe siècle
Auguste-Sébastien Bénard (Paris, Musée Carnavalet-Histoire de Paris)

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