Les Gervais, ces soldats… – partie 4

Claude Gervais soldat ou bagnard ?

I. Son enfance

Actuellement je ne connais que peu de choses de la vie de Claude Gervais avant ses 45 ans. Il serait né vers 1705 à Paris, de Marin Gervais et Françoise Paquier.

Ils sont mes ancêtres à la 11e génération. Lui est jardinier au château du Bouchet de 1707 à 1710 pour Monsieur Bosc seigneur du Bouchet à Vert-le-petit et de Servières, maître des requêtes, intendant de la maison de la duchesse de Bourgogne, mère de Louis XV, puis intendant de la province de Limoges 1711.

Ils ont deux enfants nés sur le domaine du château du Bouchet en 1707 et 1710 : Nicolas Marin Gervais, mon ancêtre présenté ici, et Thérèse Gervais.

Source : Cassini – Gallica

En 1727 son père semble être décédé et sa mère est à Paris. Son frère s’engage à l’armée dont il sera libéré en 1738.

II. Sa famille

Claude Gervais a été marié au moins 2 fois un 1745 et avant 1749.


Source : Filae

Le 11 février 1745 paroisse Saint-Médard de Paris il épouse Geneviève Claude Mercier. Mais en 1749 il est l’époux de Marie Lauriau ou Laurian.

III. Le bagnard

Cette information vient d’un document bien particulier, un registre du bagne de Brest !

Source : Registre 2 O 07 du bagne de Brest

J’ai découvert un bagnard dans ma généalogie ! Oh il n’avait pas commis grand chose… un simple vol de bois. Il a été condamné à 3 ans de bagne. Condamné le 23 octobre 1749 par jugement du Châtelet de Paris, Claude Gervais est arrivé au Port de Brest le 11 juin 1750 avec la chaine de Paris.

382 hommes composaient cette chaine :

  • 79 au départ de Paris,
  • 17 des prisons de Rouen,
  • 2 d’Orléans,
  • 34 de Bourges,
  • 12 de Moulins,
  • 9 de Tours,
  • 16 de Saumur,
  • 8 d’Angers,
  • 1 de Candé,
  • 8 de Rennes,
  • 24 de Dijon,
  • 30 de Metz,
  • 51 de Nancy,
  • 22 de Reims,
  • 8 de Châlons-en-Champagne,
  • 4 de Langres,
  • 49 de Besançon,
  • 1 de Vermenton,
  • 4 de Auxerre,
  • 3 de Montargis

14 sont morts en route, 1 homme s’est évadé.

Au vu de la liste de ces hommes, il semble bien qu’il s’agisse du parcours de la grande boucle ! Pauvre homme, voleur mais un tel parcours !!!

Il est détenu au Fort de La Tournelle à Paris durant l’hiver 1749.

Un matin il est marqué au fer rouge des lettres GAL (galère) puis enchaîné par le cou avec un acolyte de même peine. Une chaine de 3 pieds les relie, chaque couple se place derrière un autre et ils sont tous reliés ensemble par une longue chaine traversant un anneau au centre de cette chaine de 3 pieds.

Les voilà partis pour un long périple, la grande boucle. Tandis que certaines chaines vont quasiment directement de Paris à Brest, d’autre font un grand tour. Les 3 chaines principales sont

  • la chaine de Paris et sa variante la grande boucle (qui passe par la Champagne, la Lorraine et la Bourgogne),
  • la chaine de Guyenne (qui arrive souvent par voie maritime et rassemble des détenus du sud-ouest du royaume),
  • la chaine de Bretagne (qui part de Saumur).

Tous les forçats n’arrivent pas dans des chaines. Des prisonniers isolés ou des petits groupes sont régulièrement envoyés à Brest hors de toute chaine, ils arrivent en bateaux, des prisons alentours…

La grande Boucle – Source : Le Bagne de Brest

Après tout ce trajet fait tour à tour à pied, sur des charrettes, par voies d’eau, les forçats terminent par le même trajet que la Chaine de Paris directe :

Chaine de Paris – Source : Le Bagne de Brest

Arrivé à Brest le 11 juin 1750, il est logé dans la corderie basse, le bagne de l’ingénieur Choquet de Lindu n’étant pas encore achevé. Il reçoit un numéro matricule qui sera dorénavant sa nouvelle identité : 4 866. Il se lave dans un baquet avec son acolyte, enfile une tenue fournie en rapport avec sa peine puis est mis en quarantaine.

Il sera à présent ferré par les chevilles et toujours joint à un autre, il porte son matricule comme sur cette illustration que j’ai personnalisée.

Sa description physique nous indique qu’il est de taille fort haute, il a les cheveux, la barbe et les sourcils châtains-bruns, son visage est ovale, ses yeux sont bleus, il a un nez moyen et relevé par le bout. Il a donc une grande taille comme son frère Nicolas Marin Gervais et la même couleur de cheveux.

Commence alors pour lui une dure vie de forçat au bagne de Brest pour les travaux d’aménagement de l’arsenal : grattage des coques des bateaux, débarquement du charbon, portage, pesage du fer, vérification du bon état des chaînes et câbles d’amarrage au port, embarquement des ancres et des canons… Le tout sous la surveillance d’un garde-chiourme et ce pendant 2 années avant d’avoir purger sa peine.

Pour les détails de la vie du bagnard je vous recommande ce site ici et cet ouvrage disponible , parmi d’autres…

Sa peine purgée, Claude Gervais est libéré le 23 octobre 1752. Il doit toujours garder avec lui son congé pour pouvoir le présenter en cas de besoin, comme un passeport et justificatif pour se rendre dans la commune qu’il a désigné lors de sa libération. Mais il ne peut habiter ni Paris, ni aucun lieu où le roi réside, ni les villes abritant des bagnes. La réinsertion dans la société est difficile, il est marqué dans sa chair, traînant derrière lui une chaîne fantôme… Pour subsister, est-il retombé dans la délinquance ?  Cela reste un mystère à éclaircir mais ce n’est pas le seul…

IV. Le soldat

Il se pourrait bien que Claude Gervais ait été soldat dans sa jeunesse. En effet, dans son descriptif au matricule 4 866 on apprend qu’il s’appelle Claude Gervais dit Belair encore mieux écrit dans une autre source et également indiqué lors de son premier mariage.

Source : Geneanet

Or avec mes récentes recherches sur les soldats de mon ascendance dont un certain nombre de sa famille (son frère, son neveu, son petit-neveu), j’ai appris qu’ils avaient des surnoms militaires et cela m’y fait bien penser !

Il ne reste “plus” qu’à le retrouver dans le contrôle des troupes pour savoir dans quel régiment il a servi ! Souhaitez-moi bon courage !

2 réflexions sur « Les Gervais, ces soldats… – partie 4 »

  1. Sébastien | Marques Ordinaires

    Recherches passionnantes ! Ayant essayé de rechercher un homme dans les registres du bagne de Brest, j’imagine que cela a du te prendre du temps pour retrouver Claude Gervais ! Si tu as une astuce pour faciliter la recherche, je suis preneur 🙂

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    1. Rivet Auteur de l’article

      Alors pas du tout, ça a été très rapide car je l’ai trouvé par hasard en cherchant ses parents sur Geneanet ! Un registre a été relevé et y est déposé. Tourne-toi vers les associations bretonnes car je crois que l’une d’entre elles fait des relevés des bagnards…

      Répondre

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