Dans les derniers actes, j’ai découvert l’existence d’un Pierre Mamy, frère de mon ancêtre Antoine MAMY. Il est employé chez Monsieur le duc d’Orléans en 1787 et employé aux réverbères du Palais Royal en 1777 et 1779. Il sait signer.

De 1777 à 1779 il habitait Rue Neuve paroisse Saint-Sauveur. Et lors de son décès le 12 avril 1793 il habitait Rue du Petit Carreau, c’est dans le même quartier.

Son décès a été difficile à trouver et c’est par les Tables des décès (1791-1850) disponibles en ligne sur le site des A.D. de Paris que je l’ai trouvé au nom de MANY.

Source : DQ8 32 aux A.D. de Paris

Sont  mentionnés Magny vigneron à Neyrieu en Buge département d’Ain en Belley et Benoit Many loueur de carrosse.

Maintenant que je connais bien les MAMY de Paris, je pense qu’il s’agit :

  • de son frère Benoit MAMY qui vivait encore à Saint-Benoit-en-Bugey où il est décédé au hameau de Neyrieu en 1811 ;
  • de son cousin germain Benoit MAMY loueur de carrosse mort le 7 janvier 1796 à Paris.

D’ailleurs on retrouve ce dernier dans l’inventaire de la succession d’Antoine MAMY, mon ancêtre, dont il est par conséquent le cousin germain. Il y agit pour priser les objets en relation avec la profession de loueur de carrosse à la demande du subrogé tuteur, Pierre MAMY ! Mais il y est aussi cité comme ayant fait un prêt d’argent de 30 L. Il décède en 1796 et son héritier est Claude MAMY cocher. Il habitait rue Saint-Victor et dans le Répertoires des formalités hypothécaires aux A.D. de Paris, on voit Claudine MAMY femme BERNEL, autre Claudine MAMY, Agathe MAMY veuve POINTEL Jeanne MAMY femme METRA, Marie Anne MAMY femme MOREL, domiciliées à Cailloux-sur-Fontaine propriétaires de biens à cette adresse avec Claude MAMY loueur de carrosse domicilié à l’adresse, Anselme MAMY même profession mais Place Saint-Michel. Ce sont ses frères et sœurs !

Si la preuve n’était pas encore faite, on peut remarquer également dans les débiteurs d’Antoine MAMY un Sr PERRET inspecteur sur les ports qui se trouve être témoin (avec le prénom de Claude, même profession) en tant que cousin paternel au contrat de mariage d’Anthelme MAMY avec Marie Michelle MAUBERTIER en 1790.

Pour moi, il ne fait plus aucun doute qu’Antoine et Pierre MAMY frères sont les enfants de Joseph MAMY et Marie-Anne GIROD, nés respectivement en 1735 et 1731 !

Arbre d’ascendance Mamy

L’énigme est résolue !


Pour finir cette lettre Z du Challenge AZ 2021, je vais fournir quelques indications sur la profession de ce Pierre MAMY qui m’a permis de résoudre cette énigme généalogique  !

Il exerçait la profession d’employé aux réverbères au Palais Royal, chez Monsieur le duc d’Orléans.

Le Palais Royal !
C’est un ensemble composé de palais, jardins, galeries, théâtre au nord du palais du Louvre. Il a été construit en 1628 par Richelieu, alors Palais-Cardinal, il est donné au roi Louis XIII en 1636. Il sert de résidence à la régente Anne d’Autriche et au jeune Louis XIV pendant les troubles de la Fronde et devient le Palais-Royal. Il est ensuite donné en apanage à Philippe d’Orléans en 1692. Le futur Philippe Égalité y réalise en 1780 une grandiose opération immobilière conduite par l’architecte Victor Louis, en encadrant le jardin de constructions uniformes et de galeries qui vont devenir pendant un demi-siècle, par leurs cafés, restaurants, salons de jeu et autres divertissements, le rendez-vous à la mode d’une société parisienne élégante et souvent libertine. Il aligne sur la façade du jardin 180 arcades séparées par des pilastres corinthiens et éclairées par 188 réverbères suspendus sous le cintre des arcades. Chaque maison comprend un rez-de-chaussée et un entresol donnant en retrait sur la galerie, un étage noble, un second plus réduit. Le troisième étage et les combles destinés aux domestiques sont à demi cachés par une balustrade supportant des vases.

On aperçoit les réverbères sous les arcades. Présentation en vidéo (Gallica – Canopé)

C’est dans ce contexte que Pierre MAMY exerce sa profession d’employé aux réverbères pour le duc d’Orléans. Mais il exerçait déjà cette profession avant les travaux, dès 1776… Qu’est-ce qu’un réverbère à cette époque ?

Au Moyen-Âge, des flambeaux sont allumés dans les cas de nécessité. Il est prévu dès 1548 d’établir un éclairage public mais ce ne sera réalisé qu’en 1558 où il est prescrit d’allumer des “lanternes ardentes et allumantes (…) pour esclairer depuis dix heures du soir jusqu’à quatre heures du matin.” 1500 lanternes vont être allumées pour les 500 rues que comporte Paris. Faute de finances, le projet n’est guère suivi d’effets, c’est en 1594 qu’une ordonnance de police relance le projet aux frais des corporations mais seulement pour certaines rues. En 1662 une corporation de “porte-flambeaux” ou “porte-lanternes” à louage est créée pour éclairer les personnes obligées de sortir à la nuit tombée. Le premier lieutenant général de police, De La Reynie, accroit le nombre de lanternes dans les rues parisiennes en 1667 en les imposant aux extrémités des rues et à mi-chemin.

Le lanternier voit le jour grâce à un édit de 1697.

Source : ibidem
Dessin d’une lanterne se trouvant sur la place Louis-le-grand (actuelle place Vendôme), en 1699 (Source: Gallica)

Même si la réalité n’est pas aussi belle que les écrits, voilà à quoi ressemblait l’éclairage public là où il existait en 1720 :

Source : ibidem

Paris est la première à adopter ce système d’éclairage muni de chandelles. Très vite, les autres villes de France ont adopté le même système, qui s’est alors largement généralisé. Ces lampadaires fonctionnent grâce à une chandelle et un système de poulie. A cette époque les allumeurs travaillent par deux, l’un tenant la corde, l’autre allumant la chandelle. En 1745, l’abbé Matherot de Preigney et le sieur Bourgeois de Châteaublanc perfectionnent l’éclairage et obtiennent le privilège d’une entreprise de nouvelles lanternes, munies de lampes à huile, avec réflecteurs en métal poli. Ce sont les premiers réverbères.

Naturellement la lumière projetée par ces nouveaux appareils était plus vive et plus large que les lanternes à chandelles.

Premier réverbère

Bourgeois de Châteaublanc améliore son premier essai et en 1765 déclare que la lumière de son nouveau réverbère est tellement intense que l’on peut reconnaître une personne à plus de trente pas de distance.

Source : ibidem

Remarquons l’ingénieux système pour abaisser le réverbère et faciliter le travail des allumeurs ! Ils étaient chargés d’éteindre et de nettoyer les lampes, au petit matin, puis ils pouvaient exercer une autre activité la journée. Leur travail d’allumeur reprenait le soir : ils allumaient les réverbères dont ils étaient responsables.  Selon le type de réverbères ils travaillaient à deux ou seul. L’un devait tirer la corde avec un système de poulie pendant que l’autre allumait la chandelle située dans le quinquet. Avec l’apparition en 1667 des lampadaires fixes, l’allumeur se munissait de longues perches pour atteindre la lampe ou bien d’une échelle.

“Quand il commence à faire nuit, chaque ruelle a çà et là ses réverbères ; je les allume et toute la ville est éclairée” – Gaetano Zompini – 1789
Allumeur de Réverbères, Carne Vernet (Source: Musée Carnavalet)
  • Les lanternes posées au fond d’un cul de sac comportaient une mèche.
  • Les lanternes posées le long d’une rue comportaient deux mèches.
  • Les lanternes posées au dessus d’un carrefour à trois branches comportaient trois mèches.
  • Les lanternes posées au dessus d’un carrefour à quatre branches comportaient quatre mèches.

Ces lanternes étaient constituées d’une à quatre mèches dépendant de l’endroit à éclairer :

Ces lanternes éclairaient au moyen d’une mèche de coton encirée, plongée dans de l’huile de tripes que l’on faisait brûler, répandant une odeur nauséabonde dont les allumeurs étaient imprégnés. L’huile, en remontant par capillarité le long de la mèche, sous l’effet de la chaleur de la flamme, pouvait ainsi brûler sur une longue durée.  Une plaque horizontale supérieure permettait de réverbérer la lumière vers le sol, d’où le nom de réverbère ! Le mot réverbère vient du verbe latin « reverbero » qui veut dire frapper. En outre, à chaque mèche était associée un petit réflecteur concave qui réverbérait la lumière dans la direction désirée. Les lanternes étaient suspendues au milieu des petites rues à l’aide de fils transversaux. Dans le cas d’espaces découverts (places, jardins…) elles étaient suspendues à des potences ou fixées sur des consoles en fer. Elles étaient fixées à 16 pieds (5,33 mètres) de haut et espacées d’environ 50 mètres.

Source: publicité Liebig, série n°591

La mise en place de cet éclairage public à largement amélioré la sécurité de la ville lumière !

Les lanternes étaient allumées et surveillées pendant la nuit par des gagne-deniers (employés de la rue) qui se voyaient confier 20 lanternes chacun. En 1774 sur 8 000 lanternes, 4 200 étaient à réverbères. À cette époque, on parle déjà d’économie d’énergie et en 1788, l’huile de tripes est remplacée par de l’huile de colza, moins coûteuse, moins nauséabonde et fournissant une flamme plus blanche. De nombreux problèmes subsistent néanmoins. Les écoulements d’huile brûlante provoquent de nombreux accidents, les lanternes répandent toujours une odeur peu agréable et sont de plus vulnérables à une extinction lors d’un coup de vent. Des améliorations vont être réalisées dans le début du XIXe siècle avec le gaz, puis ce sera l’électricité…

Sources :

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