Georges Loire ou Gontier

J’ai déjà évoqué Georges Gontier, le grand-père de ma grand-mère, dans cet article CLIC sur les “Petits Paris” du Morvan. Pour rappel, Georges Gontier est le fils de Omérine Eloïse Joseph Loire.

Il est le 2e enfant naturel de sa mère, né sous le nom de Georges Loire, à Paris, le 10 décembre 1861.

Archives de Paris

Son acte de naissance donne une information d’importance, il est né à Port-Royal ! Je le retrouve donc dans le registre des naissances.

Port-Royal – APHP

J’obtiens ainsi sa date de sortie de l’hôpital et le numéro d’entrée de sa mère. Donc pour sa mère je peux retrouver aussi des informations qui m’apprennent ce que je retrouve dans l’acte de naissance (sa date d’accouchement, son âge, sa profession, son adresse et son village d’origine) ainsi que sa date d’entrée (le 30 novembre) et son terme, elle est enceinte de 9 mois.

Port-Royal – APHP

Deux registres des accouchements par les sages-femmes et les élèves sages-femmes m’apprennent le nom de celle qui l’a accouchée, une nommée Warin. Outre ces registres, le registre des sorties est aussi intéressant. Il m’apprend qu’elle est sortie le 17 décembre et surtout qu’elle est sortie avec son enfant.

Mais à peine sortie, elle va l’abandonner tout près, sans doute à l’hospice des Enfants-Trouvés, ou Hôpital Saint-Vincent-de-Paul. La décision d’abandon est en effet du 17 décembre. Il est envoyé à Château-Chinon (Nièvre) le 19 avec une douzaine d’autres enfants. C’est la femme Collin qui va l’accueillir.

Archives de Paris

Il change de famille nourricière car en 1872 il est recensé à Arleuf dans la famille Trinquet et encore en 1876. Puis il est domestique à Montsauche-les-Settons en 1881 lors de son recensement militaire et revient à Arleuf en 1886 où il se marie avec Marie Gervais en 1887. Elle est fille d’un autre “Petit Paris” présenté ici CLIC et d’une Arleuquine de souche. Ils ont une première fille, Jeanne Loire en 1888.

Georges Loire apprend d’une façon ou d’une autre qu’il est l’enfant légitimé de Octave Jean Bernard Gontier. C’est un jugement du Tribunal de Première Instance de Château-Chinon de 1891 qui rectifie son patronyme en substituant celui de Gontier à Loire, pour lui ainsi que sa fille Jeanne. Que s’est-il passé ? Il faut remonter le temps de quelques années pour comprendre, peut-être…

Une lettre retrouvée dans les archives de la famille, échangée avec sa famille paternelle, confirme son ascendance. On peut s’y voir dessiner le scénario d’une enquête, enquête de la justice, enquête d’un homme cherchant à savoir d’où il vient…

« Monsieur Gontier

L’on est venue de la préfecture pour me demander après Mr Octave Gontier, il est mort le 11 Juin 1885 et ma belle-sœur l’année après au mois de mars, je suis la sœur de Monsieur Octave Gontier, j’ai du donnée les renseignements que je savais et que je vous joints ci-dessous.

A son mariage mon frère et ma belle-sœur ont légitimé deux enfants qu’il avait eût Ernest qui est mort à l’âge de quatre, Georges a dû être mit aux enfants trouvé personne de la famille ne sait rien il n’y a que moi, après son mariage il a eut trois enfants deux garçons et une fille ma belle-sœur l’a quitté avec trois enfants il a dû mettre le jeune des enfants qui s’appelle Fernand aux enfants trouvé il avait gardé avec lui sa fille qui s’appelle Eloïse qui est marié et demeure rue aux Ours à Paris, l’autre garçon qui s’appelle Octave qui a été élevé à Normandie chez mes parents au Teilleul il habite Paris aussi.

Si vous avez des renseignements a me demender je me ferait un plaisir de vous les soumettre.

Et dite moi qui vous ête

Recevez Monsieur mes sincères Salutations

Ve Gandonnière »

Je trouve cette lettre tellement pleine de vie, de sentiments… Un petit garçon qui grandit seul, un père qui élève seul sa fille après la désertion de sa femme, un autre fils qui grandit seul placé à l’assistance également, un autre fils encore qui grandit avec des grands-parents âgés… Et cette tante paternelle seule de la famille à être au courant de l’existence de ce neveu… Quoi de mieux pour illustrer ce thème “Solo” du défi 52 ancêtres en 52 semaines !

Et dire que son plus jeune frère, Fernand Octave Julien Gont(h)ier a grandi placé à Autun, à 27 km du village où lui-même a grandi ! Ils se sont peut-être rencontrés lors d’une foire sans le savoir, qui sait ?

Est-ce avec cette découverte familiale, qui fait de cet homme jusqu’alors seul au monde le membre d’une grande famille, que mon trisaïeul devint le “Père la Gloire” ?

En généalogie, tout n’est jamais acquis. De récentes découvertes aux Archives de Paris, dans les archives des Enfants Trouvé,s me font voir son histoire sous un jour légèrement différent.

J’ai pu découvrir des informations importantes dans ce qui aurait dû être son dossier d’admission aux Enfants Trouvé et qui s’est avéré être plutôt un dossier de suivi très partiel mais très intéressant.

Archives de Paris

Dans cette pochette qui ne paye pas de mine, j’ai trouvé 6 documents forts intéressants dont voici un résumé :

  • un certificat d’origine en date du 12 septembre 1883 : la raison de sa présence dans le dossier m’est inconnue mais peut-être est-ce lié à la suite des documents
  • une fiche de renseignement sur la mère de Georges Loire en date du 14 septembre 1883 : cette fiche nous informe que sa mère, Mme Bailly demeure 9 rue de Picardie dans le 3e arrondissement, qu’elle souhaite entrer en contact avec son fils. Il est indiqué qu’il faut s’enquérir des raisons qui la poussent à faire cette démarche. La réponse est inscrite au bas et au dos de ce document. C’est une femme de bonne moralité qui “cède à un sentiment naturel à une mère en désirant revoir son fils”. Il est aussi précisé qu’elle ne pourra pas l’aider longtemps compte tenu qu’elle n’a que très peu d’économies. Elle est couturière et gagne 2 francs ainsi que la nourriture.
  • une fiche “aide-mémoire” ? Ce document indique qu’on recherche l’enfant pour la mise en relation mais qu’on ne trouve rien au répertoire !
  • une demande de renseignement sur l’existence de Georges Loire envoyée au directeur de l’agence de Château-Chinon le 3 octobre 1883 avec sa réponse : son départ à la campagne a dû être trouvé car ce courrier est envoyé dans la bonne agence. La réponse ne tarde pas, il est au 60e régiment d’infanterie, 3e bataillon, 4e compagnie, à Besançon.
  • une copie d’un courrier adressé à Georges Loire par l’administration et daté du 10 octobre 1883 : l’enquête sur sa mère ayant été rassurante, Georges Loire ayant été localisé, l’administration peut enfin le contacter. Le courrier l’informe de la demande de sa mère qui est “d’une conduite irréprochable” mais on lui déclare “vous restez entièrement libre d’y satisfaire selon que vous le jugerez convenable”.
  • une demande de certificat d’origine en date du 28 décembre 1886 : cette demande précède son mariage qui a lieu le 15 janvier suivant. C’est une formalité administrative.

Les 5 premiers documents éclairent son histoire. A-t-il pu contacter sa mère suite à ce courrier ? Étant à l’armée ce n’était pas forcément évident. L’a-t-il seulement voulu ? Sa mère décède 2 ans 1/2 plus tard. A-t-il eu la chance de rencontrer cette femme qui l’a abandonné dès sa naissance mais a dû continuer à penser à cet enfant pour qui elle souhaitait peut-être une meilleure vie que la sienne ? Est-ce ainsi qu’il a appris qu’il avait été légitimé, qu’il devait s’appeler Gontier et non Loire ? Ou bien est-ce après le décès de ses parents survenus en 1885 et 1886 qu’il entreprend les démarches pour modifier son patronyme ? Ou bien est-ce plus tard encore ? Le changement survient en 1891.

La lettre reçue de sa tante paternelle est datée de 189? donc avant ou après le jugement, étant question de la préfecture, je pense avant. S’il n’a pas eu de contact avec sa mère au moins cherche-t-il à en savoir plus. Ses démarches se sont-elles arrêtées là ou bien a-t-il cherché à entrer en relation avec ses frères et sa sœur ? Voilà beaucoup de questions qui restent encore en suspens…


52 ancêtres en 52 semaines – Semaine 27 : Solo
Challenge de Amy Johnson Crow

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