Les Gervais, ces soldats… – partie 2

Michel Joseph Gervais, soldat de 1755 à 1762

I. Son enfance

Michel Joseph Gervais est baptisé le 18 février 1733 par le curé Dubois de Notre-Dame de Douai (59). Mais ne cherchez pas son acte de baptême dans le registre courant des baptêmes de la paroisse, il est dans un registre à part qui ne concerne que les enfants naturels !

Eh oui, Michel Joseph Gervais est né hors mariage d’Anne Marie Delebecque, de la paroisse. Elle a juré de dire la vérité à l’accoucheur, Milot. Elle déclare donc son enfant des œuvres de Nicolas Gervais tambour dans la compagnie de Dumas, régiment d’Auxerrois. Nous pouvons lui faire confiance, car sinon comment expliqué qu’un camarade du père soit le parrain ? C’est ainsi Jean Michel Dufour tambour dans le même régiment mais dans la compagnie de Neuvage qui est son parrain et sa marraine est une Marie Anne Soubabert.

Source : A.M. de Douai, Notre-Dame

J’ai détaillé la carrière de son père telle que je la connais ici.

Quant à sa mère, sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille… Au moment de la naissance de son fils, elle n’a que 13 ans 3 mois ! Enfin j’ai des doutes autour de l’origine de cette femme mais jusqu’à preuve du contraire, son acte de baptême et le mariage de ses parents la donne née en 1719. Je lui consacrerai un article.

Anne Marie Delbecq se marie 5 ans plus tard avec un homme de 20 ans son aîné, portefaix, Philippe Charles Clement. Ils ont 6 à 7 enfants puis il décède le 25 septembre 1748. Elle convole rapidement en secondes noces avec un veuf, manouvrier, Jean François Choin. Ils vivent 20 ans ensemble avant de décéder tour à tour à un an d’intervalle en 1772 pour lui et 1773 pour elle. Elle semble avoir eu un autre enfant naturel Felice Joseph Gervais entre 1747 et 1752 sans doute.  D’après son acte de mariage elle est fille de Charles Joseph Gervais cabaretier. Mais je n’ai pas encore trouvé cet homme ! Étrange que ce soit aussi un Gervais !

Comment Michel Joseph Gervais grandit-il ? Il a ses grands-parents maternels jusqu’à ses 22 ans mais ont-ils eu des relations ?  Il est témoin au décès de son premier beau-père et au décès de sa mère. Ce qui montre qu’il a vécu avec eux.

II. Sa carrière militaire

Michel Joseph Gervais s’engage dans l’armée le 18 juin 1755 comme fifre au régiment d’Ogilvy écossais. Il a alors 22 ans et son grand-père maternel vient de décéder depuis quelques mois !

Il reste dans ce régiment jusqu’à sa dissolution en décembre 1762. On le trouve donc dans la cote GR 1 Yc 637 après son engagement le 18 juillet 1758 et à nouveau le 13 mai 1762.

Source : Mémoire des Hommes GR 1 Yc 637

Source : Mémoire des Hommes GR 1 Yc 637

On y apprend qu’il s’est engagé le 18 juin 1755. Il est plus petit que son père puisqu’il ne mesure que 1,62 mètre. Il a hérité de ses cheveux noirs. Il a un visage carré avec de grands yeux bruns ou bleus (!), un grand nez long et pointu et une petite bouche. Il porte une cicatrice au front près du sourcil gauche.

Le fifre est le militaire jouant du fifre, une petite flûte en bois de buis de 38 centimètres avec des embouts métalliques pour éviter que le bois ne se fende. L’embouchure est dans l’axe des 6 trous pour une utilisation traversière. Son conduit étroit produit un son aigu dont les notes perçantes sont facilement audible en plein air. Le fifre accompagne le tambour. Il range un ou deux instruments dans un étui métallique en forme de bâton qu’il accroche à son ceinturon.

A-t-il connu son père, est-ce auprès de lui qu’il a appris la musique militaire ? Ou auprès de son parrain ? Ou bien lui a-t-on parlé de son père au point de lui donner le désir de suivre ses traces ?

Nous ne connaissons pas sa date de congé mais sans doute est-elle intervenu au bout de son engagement (en général 6 ans) qui est tombé au moment où, le 21 décembre 1762, les débris du régiment écossais d’Ogilvy ont été incorporés dans les régiments irlandais subsistants.

III. Les batailles

Michel Joseph Gervais a participé à la Guerre de Sept Ans (1756-1762). Cette guerre fut le premier conflit mondial avant l’heure. Comme le montre cette carte, elle eut une étendue largement mondiale.

Source : L’Histoire

Voici une très belle vidéo cartographique explicative :

 

Et une présentation imagée et racontée :

 

Le 1er août 1757, le régiment assumait des fonctions de garnison dans la citadelle et le fort de Calais.

  • Le 18 juillet 1758, le régiment est à Dunkerque
  • En 1758 et 1759, le régiment sert en Allemagne.
  • 1760 : le régiment d’Ogilvy fait partie de la brigade irlandaise. Il est en Hesse où il fait partie de la première ligne du centre d’infanterie de l’armée du Maréchal le duc de Broglie, commandant en chef des armées françaises. Il est cité pour la prise du château de Dillemburg en juillet. En décembre il est en quartier à Marburg.
    On le sait en particulier présent à Giessen et à Marburg en 1760-1761.
  • Ce sont ses efforts chanceux lors de la bataille de Marburg le 14 février 1761 qui lui ont valu le plus de gloire et d’honneur au cours de la campagne du printemps, car il était chargé de défendre cette ville contre l’attaque des Alliés sous le lieutenant-général Breidenbach von Breidenstein. Ce brave officier est tombé ce jour-là, attaquant l’ennemi à la tête de son hôte. La veille, Régiment d’Ogilvy et Régiment de Clare, Régiment de Berwick et un autre de la Brigade Irlandaise avaient été commandés à Marburg pour renforcer les Royal Écossais, Régiment de Bulkeley et Régiment de Dillon, selon l’histoire de ces régiments. Ils avaient été postés à Giessen avant cela.
  • Probablement est-il aussi comme les autres régiments irlandais et écossais au combat à Villingshausen, où les Irlandais emportent le village et la redoute de Scheidingen, et ils terminent cette guerre par l’attaque du château de Sabbaborg.
  • En 1761, le régiment est stationné en Flandre.
  • Le 13 mai 1762 peu avant son incorporation dans d’autres régiments et en particulier dans celui de Clare, il est à Gravelines.

Michel Joseph Gervais est congédié sans doute cette année-là car lors de son mariage en 1766 il est dit habitant de la paroisse de Saint-Jacques de Douai depuis 4 ans.

IV. Sa famille

Il suit les traces de son père a plus d’un point. Le 6 juillet 1765, Jacqueline Augustine Wilmet met au monde un fils, “laquelle a fait serment dans ses plus grandes douleurs de l’enfantement être des œuvres de Michel Joseph Gervais”. Il signe l’acte. L’enfant meurt seize jours plus tard. Mais Michel Joseph Gervais épouse finalement la jeune femme l’année suivante, le 26 août 1766. Ils se connaissaient depuis au moins le 4 novembre 1763 puisqu’ils ont été à cette date parrain et marraine d’une enfant, Augustine Joseph Droupy.

Ils ont en tout ensemble 12 enfants  dont peu survivent :

  1. Louis Joseph (1765-1765)
  2. Philippe Edouard Joseph (1767-1767)
  3. Joachim Edouard Joseph (1769-1785)
  4. Marie Augustine Joseph (1770- ?)
  5. Aimé Augustin Joseph (1772-1773)
  6. Julien Joseph (1774-1774)
  7. Marie Albertine Joseph (1775-1847)
  8. Barbe Josephe (1777-1781)
  9. François Joseph (1779- ?)
  10. Charles Augustin Joseph (1781-1815)
  11. Marie Josephe (1783-1783)
  12. Félix Aimé Joseph (1785-1787)

IV. Sa vie civile

Libéré du service il doit pouvoir vivre, il est :

  • journalier en 1767 et 1773,
  • buffetier de 1769 à 1772
  • et peintre de 1774 à au moins 1787.

Sa signature est présente dans les registres dès 1763 mais elle varie avec un peu plus de précision au fil du temps…

1763

1769

1770

1785

V. Sa fin

Il décède le 3 février 1806 à l’Hôpital Civil de Douai âgé de seulement 60 ans. Il s’agit en fait de l’hôpital général construit à partir de 1756. Il n’a jamais eu de fonction médicale sous l’Ancien Régime ; comme établissement de Charité, il était un lieu de renfermement des pauvres… Sa femme y décèdera également en 1821.

Ancien hôpital général, puis hospice de Douai (actuellement maison de retraite) – Bâtiment régnant sur tout le fond de la cour d’honneur, élévation antérieure, vue générale. Source

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