Il faut toujours bien regarder les adresses, derrière un nom de rue peut se cacher un établissement hospitalier. Surtout si les témoins ou déclarants sont de cette adresse au contraire de la personne décédée !

C’est ainsi que j’ai découvert que ma double ancêtre Louise Adelle Huot (1833-1899), 4e et 5e aïeule, était décédée à l’hôpital Saint-Anne.

D’ailleurs en complétant sa généalogie j’ai découvert que lors du mariage de sa fille le 19 décembre 1896 à Levallois-Perret, elle était incapable de donner son avis selon un certificat médical émanant de Saint-Anne.

Source : E.C. de Levallois-Perret (A.D. des Hauts-de-Seine)

Grâce à un tweet des Archives de Paris lors d’un précédent ChallengeAZ, j’apprends qu’il est possible de trouver des informations.

Source : Twitter

Alors j’ai organisé un passage aux archives au début de cette semaine et j’ai fait de grandes découvertes ! Je remercie d’ailleurs bien les deux dames des archives qui m’ont grandement aidée à trouver des cotes susceptibles de me servir ! Il faut en effet savoir que les archives de Saint-Anne pour la période qui m’intéresse sont aux A.D. de Paris et non aux archives de l’AP-HP. C’est que le service des aliénés est définitivement rattaché à l’administration départementale en 1874.

Voici la méthode suivie permettant de retrouver un patient à Sainte-Anne, selon ce qu’on connait et avec l’exemple de mon ancêtre :

Date d’entrée inconnueDate d’entrée connue
Registre des sorties et décèsRépertoire des entrées
D1X3 2 : 1899-1903

Fourni le n° de matricule
D3X3 34 année 1896

Fourni la date exacte,
le n° de matricule et le devenir

Avec le n° de matricule il y a ensuite 2 registres consultables de ce que j’ai découvert :

Divisions des hommes et des femmes placés à Sainte-Anne
Registres de la loi.
Placement d’office et volontaire des hommes et femmes.
Clinique des maladies mentales et de l’encéphale (Faculté de médecine de Paris)
Registres de la loi.
Placement d’office et volontaire des femmes.
D3X3 405 N°90943-91442 année 1896
D3X3 411 [04.07.1896] – 28.03.1898

Plus complet que l’autre registre !

Grâce à ces registres j’ai appris un certain nombre de choses dont l’existence de précédentes hospitalisations ! Me voilà donc partie à leur recherche !

Voici les informations que je découvre :

  • Placement volontaire n°7 419
  • 2e entrée n°79 710 qui doit dater de 3 ans auparavant
  • état médical

Je cherche alors le matricule n°79 910 que je pense trouver dans un registre de 1893 justement, le D3X3 376 N°79429-79928. Et voilà la fiche !

En dehors d’informations médicales, j’apprends qu’elle a été transférée à Ville-Evrard. il me fournit aussi le n° matricule de la première hospitalisation : n°13 418.

Je le cherche à nouveau et pense le trouver dans le D3X3 184 N°13177-13680 en 1872, ce qui s’avère être le cas !

Encore des informations intéressantes sur son état mental et elle avait déjà été transférée à Ville-Evrard !

Asile d’aliénés dit Hôpital psychiatrique de Ville-Evrard, dit aussi Maison spéciale de santé,
Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis)

Y a-t-il d’autres registres qui pourraient m’apporter des informations ? Bien sûr !

Pour la première hospitalisation il y aurait éventuellement les :

  • Registres des reports des registres de placement – D3X3 95 – Placement d’office et volontaire des femmes (1867 – 1884)
  • Registre de suivi mensuel – Placement d’office et volontaire des femmes – D3X3 156 (18.10.1871 – 03.01.1873)
  • Certificats de quinzaine de novembre 1872 et les Bulletins d’entrée 1868-1872 – D2X3 5

Pour la seconde hospitalisation il y aurait éventuellement les :

  • Registres de la loi – Placement d’office et volontaire des femmes – D3X3 381 (24.07.1893 – 03.05.1895) rien trouvé
  • Clinique des maladies mentales et de l’encéphale (Faculté de médecine de Paris) – Registres de la loi – Placement d’office et volontaire des femmes – D3X3 369 – [07.08.1891] – [25.02.1895]
  • Dossiers d’hospitalisation et de consultation et fiches de consultation de chirurgie – Clinique des maladies mentales et de l’encéphale – Hospitalisations: dossiers médicaux (classement par date d’entrée) – 3302W 6 (1893-1894)

Pour la troisième hospitalisation, il y aurait éventuellement les :

  • Personnes passées par le bureau d’admission et de répartition des aliénés du département de la Seine à Sainte-Anne : registres matricules D1X3 67 – N°88002-92497 (30/09/1895-12/11/1896)
  • Registres de déclaration de décès des hommes et femmes D3X3 1043 (Janvier 1897 – 12 mai 1924).
  • Dossiers d’hospitalisation et de consultation et fiches de consultation de chirurgie – Clinique des maladies mentales et de l’encéphale – Hospitalisations: dossiers médicaux (classement par date d’entrée) – 3302W 7 (1895-1896)

D’ailleurs bonne nouvelle pour le généalogiste, j’ai aperçu que le registre D3X3 1045 (Répertoire alphabétique de décès des hommes et des femmes commun au bureau des admissions, aux divisions d’hospitalisation et à la clinique) est en cours de numérisation !

Lors de mon prochain passage il faudra m’intéresser à ces cotes, en tenant compte du fait que certaines sont stockées à l’annexe de Villemoisson et qu’il faudra donc les commander à l’avance.


Qu’ai-je appris exactement sur mon ancêtre Louise Adelle Huot ?

Lors de sa première hospitalisation, le 11 novembre 1872, elle avait 38 ans et était mère de 5 enfants âgés de 15 ans, 14 ans, 7 ans, 4 ans et 3 mois. Elle avait été hospitalisée pour délire mélancolique, idées de persécution, hallucinations de l’ouïe, crainte d’être assassinée, interprétations fausses d’après le psychiatre Henri Legrand du Saulle, médecin à Bicêtre et attaché au Dépôt de la Préfecture de police.

Le certificat médical du 13 novembre du docteur Bouchereau précise : “est atteinte de délire mélancolique, on veut la faire mourir, le médecin commande de la tuer, croit que des voleurs cherchent à entrer dans sa chambre pour l’égorger, son mari a massacré sa famille, on va l’enterrer dans un souterrain, attitude suppliante, prière, frayeurs, quelques excès de boisson”.

Le délire mélancolique en psychiatrie :

De façon générale, le “délire” désigne une croyance irréductible et inébranlable correspondant à une conception fausse de la réalité. Le délire n’est pas une simple erreur, car cette dernière peut être reconnue par celui qui la commet lorsqu’il s’affronte à la contradiction, à d’autres expériences vécues ou en présence d’éléments qui viennent contredire sa certitude antérieure. En revanche, le délire est une conviction qui reste inattaquable. L’“hallucination” est une perception fausse qui ne correspond pas à un objet extérieur réel. L’hallucination n’est pas à confondre avec l’illusion qui consiste en une mauvaise perception d’un objet bien réel.

Dans le délire de persécution, le patient est convaincu qu’on veut lui nuire physiquement, moralement, professionnellement, familialement, etc. Les formes de persécutions sont multiples : surveillance, filatures, menaces, calomnies, machinations, empoisonnement, etc.

Elle est transférée le 15 novembre à Ville Evrard.

21 ans plus tard, le 1er septembre 1893, elle est à nouveau hospitalisée pour “délire mélancolique, léger affaiblissement intellectuel, hallucinations auditives, interprétations imaginaires, insomnie, menaces envers les personnes et insultes, actes extravagants, excès alcooliques, tremblement des mains, strabisme divergeant à droite, a mis le feu à un torchon pour en faire une lampe” d’après le docteur Legras. Le lendemain elle est diagnostiquée “atteinte d’alcoolisme avec idées de persécution, hallucinations de l’ouïe, on lui dit des sottises par les fenêtres, on a voulu l’anéantir, tremblement des doigts” par le docteur Dagonet qui précise que sa première hospitalisation était suite à ses couches. Elle avait en effet un bébé de 3 mois. Le certificat de quinzaine qu’il établit également répète le même diagnostic. Elle est à nouveau transférée à Ville Evrard le 15 septembre 1893.

Le 10 juillet 1896, le docteur Tariote à Levallois-Perret indique qu’elle “est dans un état mental tel que pour sa propre sécurité et celle de son entourage elle soit admise dans un établissement spécial pour y recevoir les soins que nécessite son état”. Il dit l’avoir déjà faite admettre 3 ans auparavant. Mais il y a aussi un courrier d’une amie, la femme Pineaux, qui demande au directeur de Sainte-Anne de la faire admettre pour aliénation mentale.

Le 12 juillet 1896, c’est à nouveau le docteur Bouchereau qui la diagnostique “atteinte de délire mélancolique avec idées de persécution et hallucinations, accidents alcooliques, peu de sommeil”. Il précise que c’est sa 3e hospitalisation. Le 26 juillet, il certifie qu’elle “est atteinte de d’excitation maniaque avec antécédents alcooliques, désordres dans les idées, les actions, en voie d’amélioration”. Les récapitulatifs mensuels indiquent en août 1896 “manie aigüe”, en janvier 1897 “excitation maniaque intense, alitée”, en juillet 1897 “manies chroniques”, en décembre 1897 “très excitée, violente”, en février 1898 “… jour et nuit” et en décembre même état, en juillet 1899 “état avancé de démence” et elle meurt finalement le 25 septembre 1899 d’une syncope avec affection cardiaque.

Dr Legrand du SaulleDr BouchereauDr Dagonet
Les éminents médecins qui l’ont diagnostiquée.

J’espère trouver son dossier médical un jour, croisez les doigts !

Quelques documents à connaitre…

  • Répertoires alphabétiques, registres chronologiques, livres de la loi, registres des reports de placement, registres de suivi mensuels, registres de décès (1867-1950) D3X3 Source
  • Admission et suivi des aliénés du département de la Seine (1884-1940) D1X3 57 à 99 Source
  • Aliénés 1811-1909 D1X3 1 à 13 et D2X3 4 à 29 Source
  • Admission et suivi des aliénés du département de la Seine (1884-1940) D1X3 57 à 99 Source
  • Dossiers d’hospitalisation et de consultation (1871-1950) et fiches de consultation de chirurgie (1936-1958) Source
  • Présentation de Sainte-Anne sur le site de l’AP-HP Source

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