Viuz-en-Sallaz #ChallengeAZ

Viuz-en-Sallaz

Depuis bientôt un mois pour le ChallengeAZ j’évoque la Savoie et les sources qui lui sont spécifiques. J’ai aussi régulièrement cité le village natal de ma grand-mère paternelle : Viuz-en-Sallaz, c’est donc l’objet de l’article d’aujourd’hui.

Assis sur une colline, plein sud, à mi-chemin entre Genève, Annecy et Chamonix, Viuz-en-Sallaz est un village dont le territoire s’étale de 600 m à 1 503 m d’altitude.

Sa population actuelle s’élève à 4185 habitants (2017).

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Viuz-en-sallaz est un village composé de multiples lieux-dits se répartissant sur 2099 ha.

A travers les époques, on rencontre Viu, Vyu, Vieu, Sala, Sallac. La forme Viuz-en-Sallaz n’est venue que tardivement. Viuz viendrait du latin signifiant voie et Sallaz du mot germanique “Sala” signifiant maison dans les lois barbares. Ce qui ferait de Viuz-en-Sallaz la voie romaine traversant les terres nobles, la route seigneuriale.

Viuz a su conserver quelques témoignages d’un passé marqué par une histoire originale tels que les mesures à grains, une ancienne prison, des maisons traditionnelles, une église néo-classique du XIXe siècle, des “mazots”, drôles de petits greniers, qui servaient autrefois de réserve pour stocker les “habits du dimanche” et les biens précieux de la famille, construits à l’écart de la maison pour éviter en cas d’incendie que tout soit détruit.

Le village compte aussi quelques traces de la piété locale : les oratoires, les chapelles… En général, les oratoires datent du XIXe siècle, ils ont été érigés par des personnes, des familles et sont souvent dédiés à la Vierge Marie. Ils portent les noms ou initiales des fondateurs, la date d’érection, et une invocation (parfois effacée en partie), et aussi mention des indulgences accordées à qui prie.

Érigé par François et Hélène Cochet. En 1864, avec une statue de 80 cm de la Vierge et l’inscription “O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous”.
Édifié en 1858 par J.M Carrier.
De 1874, dû à François Frarin, fils de Pierre (se situe vers l’école de Boisinges).
La chapelle des Pallud : A la suite d’un éboulement, appelé le déluge, survenu de nuit, le 29 juillet 1715, 3 villages (Fontaine, Grisard et Etrable) furent engloutis, 20 maisons écrasées, 34 personnes tuées. Laurent Gaillard-Pallud, originaire du village des Palluds, voisin des villages détruits – en remerciement pour avoir été préservé – fit construire une chapelle sous le vocable de la Sainte-Vierge. Elle fut bénie le 24 août 1717, restaurée en 1865 et récemment dans les années 1980. La petite cloche est celle qui annonçait les assemblées populaires du bourg, à l’époque révolutionnaire.
On en trouve une autre à Sevraz : elle est dédiée à Saint-Jacques et à Saint-Christophe, due à la générosité d’un émigré, Jacques Gavard-Perret, né dans ce village, décédé en 1731 à Nuremberg (Allemagne). Il légua une somme pour sa construction et son neveu, Pierre Magnon, et exécuteur testamentaire, la fit construire. A l’entrée de la chapelle, au-dessus de la porte, une inscription rappelle son érection. Les tableaux du Chemin de Croix sont de 1850. Elle a été restaurée dans les années 1980.

Le mont Vouan et ses croyances : une légende couvre ce petit massif de moyenne altitude qui culmine à 978 m. Jusqu’au début du XXe siècle, on a exploité les roches du Vouan (du Flysch et non de la molasse), pour tailler des meules à moulin ; ce qui explique le nom de “Molire” que lui donnent les habitants de la région. On peut encore voir aujourd’hui, à l’endroit où les meules étaient extraites, de grands trous ronds de près de 2 m de hauteur dans la roche.
Il y a de nombreuses meulières au Vouan, les deux plus importantes sont celles appelées : la grande gueule (ou grotte aux fées, ou grande meulière à Boisinges), dont on aperçoit l’ouverture depuis la route d’Annemasse mais dont le plafond s’est effondré ; et la meulière à Vachat, sur la falaise qui surplombe “la Gouille au Mort” (la gouille est une petite mare). Il y a d’autres meulières plus petites un peu partout dont les noms sont : la meulière longue, trou à renard, etc. Le Vouan était également traversé par “le chemin des contrebandiers” ; ceux-ci apportaient à Genève le blé du moulin de Pont-Morand et rapportaient de l’alcool, du tabac, etc. Mais le Vouan, c’est surtout la terre des fées et de nombreuses légendes courent à leur sujet. On raconte notamment que l’on peut y rencontrer une jeune fille donnant des feuilles qui se changent en or. On dit aussi qu’une grotte renferme un jeu de quilles en or et qu’une autre s’est enroulée sur des fées qui avaient volé du blé. Mais également une légende dit qu’un homme, qui taillait des pierres, avait refusé d’aller à la messe du dimanche afin de terminer son travail. Le dimanche, il était tombé de la falaise dans la célèbre Gouille au Mort. On n’a jamais retrouvé son corps…

Maintenant que la situation du village est posée, qu’a-t-il de particulier ? Viuz-en-Sallaz est le centre du Mandement de Thyez qui appartenait aux seigneurs de Faucigny jusqu’au XIIe siècle. Suite au décès du comte Rodolphe de Faucigny, en 1130, ses trois fils Aimon sire de Faucigny, Ponce abbé de Sixt et Arducius évêque de Genève se partagent son héritage. Arducius recueille un ensemble de terres, dites de Sallaz, regroupées autour du château de Thyez et qui recouvrent les paroisses de Bogève, Saint-André de Boëge, Ville-en-Sallaz et Viuz-en-Sallaz.

À sa mort, Arducius en fait don aux évêques de Genève, ses successeurs. Ces terres deviennent ainsi une enclave épiscopale dans le Faucigny. L’administration en est confiée à des personnes qu’ils délèguent, appelées vidomnes. Le mandement de Thyez vient de naître et va se retrouver au cœur des luttes que se livrent les puissants seigneurs de la région, qu’ils soient laïcs ou ecclésiastiques. Le mandement resta terres de l’évêché de Genève jusqu’à la Révolution Française. À plusieurs reprises les princes-évêques de Genève vinrent séjourner dans leur château de Thyez.En 1607, lors d’un de ses séjours dans son mandement, saint François de Sales écrit à sainte Jeanne de Chantal : “Je suis ici, à Viuz, qui est la terre de mon évêché; or, les sujets estaient anciennement obligés, par une reconnaissance formelle, de faire taire les grenouilles des fossés et marécages voisins pendant que l’évêque dormait. Il me semble que c’est une dure loi, et pour moi, je ne veux point exiger ce devoir : qu’elles crient tant qu’elles voudront, pourveu que les crapauds ne me mordent pas, je ne laisserai de dormir si j’ai sommeil.”

En souvenir de la protection et des bienfaits reçus du saint Evêque, Viuz lui fait ériger en 1896 une statue monumentale, de 2 m 40, en bronze et placée sur un piédestal de 3 m portant l’inscription : “A notre Compatriote – A l’illustre Ecrivain – Au saint Docteur”.

En l’absence de l’évêque, un vidomne héréditaire gère le mandement (on trouve leurs traces de 1227 à 1309), puis se sont des châtelains nommés par l’évêque qui ont en charges le mandement tant au niveau administratif que judiciaire. Ils sont assistés de métraux, juges et officiers subalternes. On connaît la majorité d’entre-eux depuis 1304 jusqu’à la révolution.

Notons entre autre:

  • 1608: Pierre de Musy (ca 1560-1609), fils d’égrège Gaspard de Musy et de Jacquelina qui sont par 4 fois mes ancêtres, notaire, châtelain et fermier du mandement.
  • 1646: Antoine de Musy (ca 1605-?), neveu du précédent, fils de Jean de Musy notaire et de Jeanne Pellet (mes ancêtres 4 fois par2 de leurs filles).
  • 1648: Jean-Baptiste de Musy (ca 1605-1644), fils de Pierre et cousin d’Antoine.
  • Egrège François Bozet (ca 1611-1691), châtelain et fermier du mandement (mon double ancêtre).
  • Laurent Bozet (ca 1642-1682), fils du précédent, notaire, châtelain et fermier du mandement (mon ancêtre).
  • Claude Bozet (ca 1655-1691), frère du précédent, châtelain et fermier du mandement (mon ancêtre).
  • 1691: Claude-Antoine Bozet (ca 1668-1728), fils de Laurent, notaire et châtelain du mandement (encore mon ancêtre).

Mandement de Thyez ou de Thy – in Le Petit colporteur n°1

Pour en savoir plus sur le Mandement de Thyez un excellent ouvrage :

Peut être compléter par les procès-verbaux des visites pastorales conservées aux Archives de la Haute-Savoie, de la Savoie, de l’Isère et aux Archives d’État de Genève.

Les habitants du mandement “descendent” beaucoup sur Genève pour travailler ou faire du commerce. Les commerçants de Viuz vendent à Genève des étoffes, des graines (pas de grains à Genève), des cordes, des oeufs, des poulets, des fromages, du sel, de la “greube” (poudre à récurer les casseroles extraite des carrières de Saint-Jean-de-Tholome). D’après les écrits de 1364 à 1789, toutes les familles du mandement sont présentes à Genève (période 1550-1602) pour des raisons économiques (possibilité de travail dans la soie et l’imprimerie) et religieuses.

En 1536, les Genevois occupent le mandement car ils estiment qu’il leur revient de droit. Ils commencent à y installer la Réforme mais les habitants demandent le droit de continuer à pratiquer la religion catholique directement au roi de France, devenu alors maître du Faucigny. Au début du XVIIe siècle, François de Sales, en personne, habite quelque temps Viuz-en-Sallaz et soulage sa population de traditions passées comme évoqué plus tôt. L’histoire de Viuz-en-Sallaz et des autres villages du Mandement de Thyez se confond petit à petit et définitivement à partir de la Révolution française avec celle de la Savoie.

Le blason de Viuz-en-Sallaz, capitale pour ainsi dire de ce mandement est composé de deux parties:

  • d’un côté les bandes d’or et de gueules du Faucigny,
  • de l’autre la clef de saint Pierre, comme Genève.

On trouve des documents intéressants aux Archives d’État de Genève ici par exemple avec les lettres patentes du roi de France restituant le mandement de Thiez à Genève, 23 mai 1544.

Où tous ces documents >CLIC< et >CLIC< aussi aux Archives d’État de Genève ou encore !


Sources:

  • Monographie de Viuz-en-Sallaz de L’abbé Edmond Rollin, 1896 et 1993
  • Terres et châteaux des évêques de Genève, Académie Salésienne, t. 105
  • Archives de Viuz-en-Sallaz (AD 74)
  • Mémoire alpine
  • Les marmottes de Savoie – Histoire et Généalogie (contacter)

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