Me Gabriel Belon reçoit une commission du 1er octobre 1701 pour aller mener l’enquête à Chessenaz suite à la plainte du 24 septembre 1701 de Jacqueline Bojat et de Jacques Eudé son mari contre François Montanier son fils. Il entend les 3 témoins du couple à Chessenaz le 4 octobre.
Voici les 3 fameux témoignages :
1- Honnête Barthélémy Bon, âgé de 40 ans, fils de feu Claude, natif de Pierrelatte en Dauphiné marié à Challonges et exerçant la profession de cordonnier et matelassier témoigne qu’il était chez le curé de Chessenaz depuis presque 6 semaines et lui faisait un matelas dans la grange. Il ne se souvient pas bien du jour mais alors que le soleil se couchait, une fille nommée Marie qui cardait de la laine pour le curé se mit à crier qu’on faisait grand bruit chez les Eudé. Le curé alerté à la fenêtre vint le trouver et avec un valet qu’il avait appelé, ils partirent chez les Eudé voir ce qu’il s’y passait. Ils trouvèrent François Montanier par terre avec un pistolet qui avait servi et sans amorce et une épée toute faussée à ses côtés qu’il redressa du pied. Il ne trouva pas le fourreau de l’épée aussi il la remit à sa mère Jacqueline Bojat et constata qu’elle avait un doigt tout ensanglanté et presque coupé mais il ne sait plus à quelle main. Elle lui dit que c’était du fait de son fils alors qu’elle voulait s’interposer et celui-ci commenta alors d’un « hélas ». Il ne vit pas du tout Jacques Eudé. La servante du couple lui apprit que François Montanier avait « lâché un de ses pistolets contre le Sr Eudé et que dieu merci il n’avait pas pris feu !« . Considérant que ce n’était rien, ils repartirent. Il ajoute que le lendemain il a vu François Montanier passer avec son frère Hector Montanier, ils partaient en direction de la demeure de ce dernier.
2- Honnête Pernette Magniard, âgée de 21 ans, fille de Nicollas vigneron de Challonges, dit qu’il y a environ 6 semaines au soleil couchant, elle désherbait et entretenait les plants de navets du Sr Eudé son maitre dont elle est servante quand elle vit François Montanier sur un cheval roux armé de pistolets et d’une épée arriver chez sa mère. Il se mit à crier « Où êtes-vous ma mère ? Êtes-vous dedans ?«
À quoi elle lui répondit en arrivant « Où allez-vous comme ça ?
– Il y a prise de corps contre Eudé votre mari, les archers sont à Fringy pour le prendre », rétorqua-t-il.
– Laissez-moi en repos », lui intima-t-elle.
Elle remarqua alors l’arrivée de son maitre qui n’avait même pas un bâton et aussitôt François Montanier prit un de ses pistolets et le lâcha sur Jacques Eudé, mais n’ayant pas prit feu il l’abandonna et sortit son épée qu’il poussa contre Eudé en criant « tu es chez moi et dans mon bien, il faut que je te tue ! »
Jacques Eudé para le coup avec son bras et fut blessé au poignet avec beaucoup de sang mais elle ne se souvient plus lequel. C’est alors que Jacqueline Bojat s’interposa entre son fils et son mari et reçu un coup d’épée sur la main, elle croit se souvenir qu’il s’agissait de la droite. Le second doigt fut presque coupé et saignait abondamment ! Elle ne sait pas comment François Montanier se retrouva par terre et alors survinrent le curé de Chessenaz, son valet et un autre homme. François Montanier demanda au curé de le confesser mais il ne voulut pas le faire comme ça et constatant qu’il n’y avait rien ils repartirent. La nuit survenant et François Montanier ne se relevant pas, avec sa maitresse elles le levèrent et le menèrent à la chambre en haut ou il passa la nuit avant de repartir le lendemain. Vu qu’elle était allée faire paitre le bétail elle ne l’a pas vu partir mais a entendu dire que c’est son frère qui l’a emmené. Bien qu’elle ne l’ait pas vu, elle a souvent entendu depuis sa maitresse se plaindre d’un coup de poing de son fils reçu à l’épaule. Jacqueline Bojat reçut également un grand coup de pied au genou et elle-même dû le bassiner 3 ou 4 fois avec du vin chaud.
3- Honnête Charles Michel, âgé de 18 ans, fils de Guillaume laboureur de Marcellaz, est valet du curé de Chessenaz. Il témoigne qu’un jour au soleil couchant alors qu’il était avec Barthélémy Bon, un dauphinois qui faisait un matelas pour le curé, et Marie Genet, qui cardait de la laine pour le curé, cette dernière fit remarquer qu’il y avait du bruit depuis un moment chez les Eudé. Le curé mit la tête à la fenêtre et entendit crier confession. Les trois hommes s’y rendirent pour voir de quoi il retournait. Il vit la femme Eudé avec la main ensanglantée et un doigt presque coupé qui saignait abondamment mais ne se souvient pas de la main concernée. Elle dit « Voilà que mon fils François Montanier m’a fait ! Voilà comme il m’a mis pour avoir voulu empêcher qu’il n’y arrivasse aucun désordre. » Il vit François Montanier sur le seuil de la porte qui leur dit « je ne peux pas me tenir » et au curé « confessez-moi« . Celui-ci répliqua : « Je ne peux pas vous confesser comme ça, allez vous coucher et je vous confesserai. » Il remarqua alors qu’il avait sa cravate déchirée et l’entendit dire qu’il avait été battu. Il remarqua tout de même qu’il avait son fourreau vide à son côté. Ils s’en retournèrent alors tout trois. Il ajoute qu’il a entendu dire plusieurs choses de Barthélémy Bon : l’épée était toute faussée et il l’a redressée avec le pied, un des pistolet venait de servir et était sans amorce et il avait levé l’amorce du second pour éviter tout accident.
Il ajoute qu’après souper, la servante des Eudé vint chercher le curé parce que François Montanier voulait se confesser. Le curé, Barthélemy Bon, lui-même et un valet de l’hôte Veyrat s’y rendirent donc. Il le vit couché dans un lit avec son chapeau et son fourreau d’épée vide. Ils lui enlèvent le fourreau, ses souliers, son justaucorps avec difficulté car il ne voulait pas se laisser faire. Ils le laissèrent ainsi et repartirent.
Je ne sais pas ce que vous en pensez, ami lecteur, mais il me semble plus qu’étrange, s’il était à cheval qu’ils ne soient pas tout simplement rentrés chez eux pour se protéger ? Et pour recevoir des coups d’une personne à cheval, il faut rester à proximité, non ? Je ne parle même pas d’une vieille femme qui reçoit un coup de pied au genou d’une autre personne à cheval … il avait la jambe longue !
Et remarquons encore que le témoignage de la servante ne colle pas parfaitement à ceux des deux autres témoins. De même le premier témoin ne trouve pas le fourreau de l’épée et voit François Montanier au sol alors que le dernier le voit sur le seuil avec le fourreau au côté… Personne ne fera ces remarques dans l’instruction…
Le verbal de Me Gabriel Belon est rédigé le 8 octobre.
Suite à cette information, une prise de corps est autorisée envers François Montanier le 17 novembre 1701.
Et comme dit précédemment, le 2 décembre 1701 il est décidé que rien dans les deux affaires contradictoires entre elles ne permet aucune provision extraordinaire.
Quelles seront les conclusions ?
À suivre ...

