Succession du couple Denis François GIROUX et Marie Madeleine RONDEAU

Denis François Giroux est né en 1749 à Marnes-la-Coquette. Son père, Pierre Giroux, était alors jardinier de Monsieur Quevannes, essayeur des monnaies de France. Il sera ensuite garde des bois de Monsieur Hermant seigneur de Villeneuve et l’Etang jusqu’à ce qu’il vende son domaine. Il part ensuite à Versailles toujours comme jardinier. Son fils, Denis François Giroux, est alors cuisinier chez Mr de Grailly, écuyer, commandant les écuries de Mgr le Comte d’Artois en 1785 et 1786 et peut-être y est-il domestique dès 1776. Il dût bientôt quitter son service dans la tourmente révolutionnaire. Charles Philippe de Grailly émigra en 1793. Denis François Giroux n’est plus alors appelé que bourgeois puis citoyen. Il a quatre filles qui naissent à Versailles : Antoinette Thérèse en 1786, Louise Philippine en 1791, Thérèse Denise en 1792 qui meurt en nourrice à Neauphle-le-Vieux en 1793 et Hélène en 1793. Puis il s’installe à Paris vers août 1793 rue des Piques puis rue de Garancière. Il est alors sous garde-magasin d’après sa carte de sûreté. Mais je le trouve à Versailles employé à l’Atelier des fusils le 18 brumaire an II (8 novembre 1793).

18 brumaire an II – E.C. de Versailles (A.D. des Yvelines)

Je remarque tout de même qu’il est absent lors de la déclaration de la naissance de sa fille Hélène. Est-il réellement déjà à Paris et les deux professions sont-elles assimilables ?

Un garde-magasin est un militaire chargé de surveiller les magasins d’un corps de troupe et, plus précisément à cette époque, c’est un officier d’un arsenal qui tient registre des poudres, canons, armes, provisions, et toutes autres choses qu’on lui laisse en garde. Donc un sous garde-magasin est un grade plus bas dans la hiérarchie. C’est tout à fait cohérent avec la profession d’employé à l’Atelier des fusils !

Il a donc bien dû arriver à Paris en août 1793 et sa femme ne la rejoint que plus tard. Ils ont alors deux autres filles Marie Madeleine vers 1797 et Marie Jeanne en 1799 et un garçon Jean en 1805 qui mourut jeune. Ces deux derniers ont été baptisés en la paroisse Saint-Eustache.

En 1807 il est commis aux aides à Paris lors du mariage d’une nièce.

Un commis aux aides est alors une personne préposée à la perception des droits sur diverses marchandises. Ce n’est pas très éloigné de la profession qu’il exerce en 1821 : employé à l’octroi.

Au moment de sa mort en 1834, Denis François Giroux est indiqué employé du port aux vins. Le Port-aux-vins était une portion du Port Saint-Bernard, dédiée au vin et où était érigée la Halle aux vins.

Vue prise du Port-aux-vins Hippolyte Blancard 1890

Il avait épousé Marie Madeleine Rondeau le 13 janvier 1785 à Versailles. Il avait 35 ans, elle n’en avait que 18. Son père Antoine Rondeau était venu s’installer à Versailles comme charron dès avant 1763. Il était né à Cheverny (Loir-et-Cher) en 1734. Il s’était marié en 1763 avec Marguerite Courcher, une marchande verdurière née à Garches. En 1774, il est toujours charron alors qu’à partir de 1782 il devient marchand fruitier.

Musée du Louvre, Département des Peintures, RF 1955 19 – Musée du Louvre

Marie Madeleine Rondeau et Denis François Giroux avait passé un contrat de mariage devant Me Lemoine notaire à Paris le 12 janvier 1785.

À partir d’au moins 1815, ils vivent au 12 rue aux Fers aussi appelé 12 Marché des Innocents. Cela te parle-t-il lecteur ?

Mais si voyons, le cimetière des Saints Innocents transformé en marché aux herbes et légumes, la promenade qui l’entoure avec les ossements de quarante générations de Parisiens, soit 2 millions de cadavres, qui a fait s’élever le sol de deux mètres au-dessus des rues ?!

[Vue du cimetière des Innocents, côté de la rue aux Fers, le 21 février 1786, par Charles-Louis Bernier (1755-1830), BNF.
Ce dessin présente l’état du cimetière juste avant sa démolition.]

Je l’avais rapidement évoqué dans un article ici … Mais rassure-toi, le cimetière est entièrement rasé juste avant la Révolution. Les ossements sont enlevés et transportés dans les carrières souterraines de la Tombe Issoire, les « catacombes ». Les galeries couvertes (des charniers) qui entouraient le cimetière où étaient enterrés les morts sont détruites et le sol retrouve son niveau initial. L’église est également détruite et la fontaine qui lui était adossée est placée au centre du marché. Des galeries de bois sont construites en 1811 autour de la place pour abriter les étals des marchands de fruits et de légumes. Le marché s’étend bien sûr aux rues avoisinantes. Le matin est consacré à la vente en gros, l’après-midi au détail. C’est donc ici que Marie Madeleine Rondeau exerce son métier. Cette lithographie date de l’époque de sa mort.

Marché des Innocents,1840

Voici une autre représentation de ce marché où elle travaillait et sur lequel elle avait une vue imprenable depuis son logement au 3e étage qui borde le marché ! Son domicile appartient à M. Nicolas Leroy qui lui demeure au 9 Boulevard-Saint-Denis.

Si tu cherches bien, il se pourrait que tu vois mon ancêtre qui interpelle le chaland ! J’ai tenté de savoir où se situait exactement le 12 rue aux Fers ou 12 Marché des Innocents, domicile pendant plus de 20 ans de Marie Madeleine Rondeau et Denis François Giroux. Et j’y suis arrivée ! Non non tu ne rêves pas, alors que la place a été détruite et que les rues ont été remodelées, l’immeuble où habitait le couple au 3e étage existe toujours !

J’ai commencé par chercher l’adresse dans le Le cadastre de Paris par îlot, dit Atlas Vasserot (1810-1836) et je l’ai trouvée :

Cadastre de Paris par îlot (1810-1836) – A.D. de Paris

Ensuite je l’ai vérifiée dans sa mise à jour pour la rive droite, dite Atlas Vasserot et Bellanger (1830-1850). Et là, coup de chance, les noms des propriétaires sont indiqués ! Donc point d’erreur, les numéros des immeubles correspondent et le propriétaire M. Leroy est bien indiqué.

Plan parcellaire de la rive droite de Paris (1830-1850) – A.D. de Paris

Je suis ensuite passée à un plan plus récent, le plan parcellaire municipal de Paris (fin du XIXe siècle). Et j’ai comparé le quartier. Oh merveille ! La portion de la rue avec l’immeuble qui m’intéresse existe encore ! La forme caractéristique du numéro 12 rue aux Fers se retrouve bien sur le plan mais au numéro 14 de la Rue Berger :

Plan parcellaire municipal de Paris (fin du XIXe siècle) – A.D. de Paris

J’ai aussi trouvé un plan intéressant qui confirme tout cela si besoin était :

Plan trouve sur http://vergue.com

Une petite visite aérienne sur Géoportail le confirme, le bâtiment existe toujours, on aperçoit même la cour intérieure ! Et sur Google Maps une vue 3D permet d’identifier la façade !

Dernière étape, identifier le logement situé au 3e étage. Sur la vue 3D ci-dessus, c’est très facile, il y a des stores oranges ! Et comparer aux dessins :

Le Marché et la fontaine des Innocents en 1855. Fédor Hoffbauer (Musée Carnavalet)

Après cette présentation des parents, voyons l’inventaire de leurs biens… (à suivre).

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