Une dynastie de prieurs de La Taille à La Haye-d’Ectot

Qu’est-ce que le prieuré de la Taille ?

C’est un ancien prieuré situé à La Haye-d’Ectot dans le département de la Manche, en région Normandie. On le découvre au bout d’une allée, au cœur d’un massif forestier à 1,4 kilomètre au nord-est du bourg de La Haye-d’Ectot, sur les bords de la Gerfleur, au bas d’une ancienne lande.

Fondation du prieuré de la Taille

Il a été fondé au début de la seconde moitié du XIIe siècle par Jourdain du Rozel, seigneur de Barneville. C’est une charte perdue, mais connue par une copie du XVIe siècle, qui dit que « Jourdain de Barneville donne à Dieu et aux chanoines de Notre-Dame du Vœu de Cherbourg en perpétuelle aumône, le lieu de la Taille, les églises de Sainte-Marie-d’Ectot, de Saint-Pierre-du-Rozel, des terres à Barneville et à la Haye-d’Ectot. »

En 1180, le pape Alexandre III confirme à l’abbaye du Vœu de nombreuses donations et possessions dont celle de la Taille.

En 1185, à la suite de l’union des abbayes du Vœu et de Saint-Hélier, un fief dit de « l’Islet », correspondant aux terres données par Jourdain de Barneville à l’abbé Benjamin, est rattaché au prieuré.

Le prieuré était l’un des cinq sièges (auditoire) de haute justice de l’abbaye du Vœu. Elle s’exerçait, tant au civil qu’au criminel, par le bailli de l’abbaye ou son lieutenant et se tenait près du moulin du prieuré. Au XVIIe siècle, les sièges ruraux avaient tous été transférés à l’abbaye.

Le prieuré était le siège également d’un tabellionage dit « de la Taille et de l’Islet ».

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Apparence du prieuré de la Taille

Le site est organisé en U. Bien que remanié aux XVIIIe set XIXe siècles, il conserve de nombreux éléments du XVe siècle. Le logis principal arbore sur sa face sud une porte avec un linteau en accolade très prononcé avec trois écus. Il était surmontée d’un cadran solaire mystérieusement disparu en 1986. À l’intérieur de ce logis on trouve une vaste cheminée, un lavabo et ici aussi une porte à linteau en accolade avec trois écus. Cette porte donnait autrefois sur une tourelle d’escalier aujourd’hui disparue, elle s’ouvre donc aujourd’hui sur l’extérieur.

Un colombier circulaire qui a perdu sa partie sommitale, complète cet ensemble.

Au XVIe siècle, le prieuré se compose :

  • des bâtiments du prieuré
  • de sa chapelle,
  • d’un colombier,
  • d’un moulin à eaux,
  • du fief noble de l’Islet,
  • de terres non fieffées (prairies, labours, landages et bois, le tout d’une superficie de 640 vergées),
  • de la partie fieffée qui s’étendait sur une grande partie de la Haye-d’Ectot (hameaux au Bourgeois, des Buissons, Guesdon, Lemperière, Moisy, Petit-Frère, Roty, Roze, Yon), avec des extensions sur Barneville, Fierville, Les Moitiers-d’Allonne, Carteret, Portbail et Jersey.

En 1692, les landes couvraient encore 500 vergées et entre 350 à 400 vergée en 1790, quand aux bois, au milieu du XVIIe siècle, ils couvraient 80 vergées, soit l’équivalent de 16 hectares.

Le prieuré était également le centre d’une exploitation agricole louée à un fermier. Il disposait en plus du logis du prieur, d’une boulangerie, d’un moulin à eaux, de granges, de greniers, de pressoir, d’une écurie, d’une étable et au bas de la cour d’une loge à cochons. On y cultivait : le froment, l’avoine, l’orge, le sarrasin, le lin, la paille, le foin ainsi que des pommes à cidre.

Le prieuré menaçant ruine, les bâtiments subissent d’importants remaniements entre 1748 et 1752 puis à nouveau au XIXe siècle. À la Révolution le prieuré est saisi et déclaré bien national. Le , il est vendu aux enchères à Valognes et adjugé à Jacques Lefebvre, garde magasin de la marine à Cherbourg, pour le compte d’Augustin Laurent Peyrotte, habitant Paris, pour la somme de 49 100 livres. M. Peyrotte le conservera jusqu’en 18272, et le vendra à Armand Jérome Bignon du Rosel (1769 † 1847). Le prieuré étant devenue une ferme il le restera jusqu’à la fin du XXe siècle. En juin 1944, le prieuré servira de refuge au réseau de Résistance « Libération-Nord ». En 1991, il sera restauré par ses nouveaux propriétaires, M et Mme Salmon. Amy Swanson Salmon, chorégraphe américaine, après le décès de son mari, y établit le siège de l’association « À la Taille, les danseurs à la fin des temps » pour faire du lieu un espace culturel pluridisciplinaire.

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Le prieur de la Taille

Le prieur, chanoine régulier vivant selon la règle de saint Augustin, était également curé de la Haye-d’Ectot. Il pouvait se faire assister dans cet office par un vicaire dont il avait la charge.

En 1692, les revenus du prieur s’élevaient à 2 500 livres toutes charges déduites. Ils se décomposaient en la moitié des gerbes de la dime et l’autelage et des rentes seigneuriales « classiques à tous seigneurs » des tenants du domaine fieffé. Le chapitre de Coutances avait l’autre moitié, qui formait une partie du revenu commun appartenant au chapitre et nommé la commune. Ce partage fut ainsi convenu lors d’une transaction arrêtée entre les religieux de Cherbourg et les chanoines de Coutances, qui contestaient aux premiers le patronage de l’église de la Haye d’Ectot. Les chanoines se firent confirmer par le pape les biens qu’ils avaient à la Haye d’Ectot.

En contrepartie de la dîme, le prieur avait charge d’entretenir les bâtiments du prieuré, le chœur et son mobilier de l’église paroissiale de la Haye et de donner secours aux pauvres. Au XVIIIe siècle, il à également l’entretien d’un maître d’école.

Parmi les prieurs que l’on retrouve certains m’intéressent plus particulièrement. Voyons pourquoi…

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Les prieurs de la Taille et mes ancêtres…

Nicolas Hyacinthe Le Carié est prieur de la Taille et curé de La Haye-d’Ectot dès 1684 jusqu’à sa mort en 1705. Il est le frère de mon ancêtre Marie Le Carié, aïeule de la 13e génération. Il succède à Nicolas Dumoucel qui était prieur dès 1660. Il mourut en 1699.

Ils étaient apparentés comme le prouve un certain nombre d’actes. De quelle façon ils le sont est assez facile à trouver. La grand-mère du prieur Nicolas Hyacinthe Le Carié est une Dumoucel, Perrette Dumoucel. Le patronyme se rencontre aussi sous la forme Dumouchel. Je connais ses parents, ce sont Martin Dumouchel et Suzanne Gerry, ils sont de Flottemanville-Hague.

Nicolas Dumoucel a succédé à François Le Maistre qui a été prieur au moins de 1623 à 1658, il est mort en 1661. Ce dernier avait succédé au prieur Guillaume De La Tour qui doit être mort en 1626. Or ce dernier est encore de ma famille, il est donné pour oncle maternel de Perrette Dumoucel lors de son mariage en 1616. Il est donc un demi-frère de sa mère ou un oncle de sa mère, Suzanne Gerry.

Voici une représentation qui doit permettre de mieux comprendre…

Sources :

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