Châtelain #ChallengeAZ 2019

Châtelain à ne pas confondre avec châtelain !

Derrière ce terme de châtelain on a tendance à voir un seigneur possesseur d’un château ou d’une maison forte et du territoire attenant. C’est une vision trop simpliste.

Château de Châtelain (Mayenne)

Le châtelain savoyard est un représentant du comte dans la châtellenie, ou mandement, son pouvoir est délégué et révocable. Cette châtellenie est la cellule administrative de base des états savoyards. Pour les comtes c’est un progrès énorme sur l’inféodation car le châtelain n’a pas sa place dans la hiérarchie féodale. D’autres seigneurs comme le comte de Genève, le sire de Faucigny et les évêques suivent la même gestion.

Jusqu’au XVe siècle, les châtelains se recrutent dans la noblesse locale pour leur valeur militaire. Ils ont la charge de la garde, de l’entretien et de la défense du château, de la police et de la justice. Constamment au contact de la population locale, leur fonction la plus importante est la tutelle des communautés d’habitants de la châtellenie. Ils font exploiter les terres, passent les contrats en lieu et place du seigneur. La comptabilité est tenue sur des rouleaux de châtellenie (en savoir plus ici et les consulter ).

Source : Comptes de châtellenie

Parmi mes ancêtres j’ai découvert noble Jean de La Thoy qui est châtelain d’Hermance et de Ternier à la toute fin du XVe siècle. On trouve d’ailleurs aux archives de Savoie ses comptes de subsides pour Ternier de 1497, 1499, 1500, 1502 à 1504. Son fils homonyme y est à son tour châtelain en 1542 avant d’être celui de la baronnie de Meille en 1546. Entre les deux Pierre de La Thoy, c’est Jehan Cohennet dit Faulcon qui tient les comptes en 1518 et de 1523 à 1524. Après lui son fils Claude Faulcon sera aussi châtelain de Ternier en 1534. Sa fille Jehanne de Faulcon épouse le 2e Pierre de La Thoy évoqué au-dessus. Ce sont tous mes ancêtres. Un frère, Pierre Faulcon, sera à son tour châtelain de Ternier en 1567.

À présent, je comprends mieux ce que cette fonction signifie. Et je constate que, si elle n’est pas héréditaire, certaines familles arrivent à se l’accaparer !

Jusqu’au début du XVIe siècle, le châtelain est salarié. Ses gages annuels s’élèvent ordinairement à 25 florins : il prélève cette somme sur les revenus de la châtellenie et ne la reçoit pas de l’officier de finances chargé de régler les émoluments des agents ducaux.

Au XVIe siècle, la fonction est généralement affermée au plus offrant. Le fermier doit posséder de sérieuses assises financières pour pouvoir exercer ; le jeu en vaut cependant la chandelle car la charge permet aux plus habiles de profiter de la situation. Il peut aussi les ruiner… Et pour rentrer dans ses débours, il néglige parfois l’entretien des bâtiments. C’est sans doute ce qui est arrivé au château des évêque de Genève dans leur mandement de Thyez. Il semble même qu’il ait en partie servi à construire une nouvelle maison au centre de Viuz-en-Sallaz, pour son châtelain, et la prison épiscopale dès les années 1530.

Le château devait plus ou moins ressembler à cela (les dernières explorations archéologiques apportent quelques modifications) :

Source : Monographie de Viuz-en-Sallaz, abbé Rollin

Mais dès le début du XVIIe siècle il était en ruines, à se demander comment l’évêque Saint François de Sales a pu y loger lors de ses visites en son mandement ! À l’époque c’est Pierre de Musy, notaire, fils de mon ancêtre Gaspard de Musy aussi notaire, qui en est le châtelain. Plus tard mes ancêtres François Bozet, ses fils Laurens et Claude Bozet et son petit-fils Claude Anthoine Bozet, dont il a été question à l’occasion des avant-noms, sont châtelains et fermiers du mandement. Comme dit il y a quelques jours dans l’article ici, cette charge semble après avoir élevé la famille, l’avoir ruinée… J’ai encore des recherches à accomplir dans le notariat pour éclairer cet aspect de ma généalogie !


Source : Monographie de Viuz-en-Sallaz, abbé Rollin

Au cours du XIIIe siècle, les comtes de Savoie ont éprouvé le besoin de mieux connaître leur domaine, afin de savoir au moins approximativement quelles ressources ils pouvaient espérer en tirer chaque année. Ils ont donc fait confectionner pour leurs châtellenies et mandements des inventaires appelés extentes. Ce sont des collations exhaustives des droits seigneuriaux. On les appelle aussi parfois terriers. Elles sont devenues progressivement des documents authentiques, aptes à faire preuve en justice. Elles sont la base de toute la documentation financière de la principauté savoyarde.

Un notaire spécialement député par la Chambre des comptes, le commissaire d’extentes, réalise la rénovation des extentes avec grand soin. Tenir à jour l’ensemble exhaustif des droits seigneuriaux est la base de son travail. Les extentes se présentent habituellement comme un inventaire en trois parties : une description de la réserve comtale, la liste des roturiers qui tiennent du comte une tenure à titre héréditaire (albergement dont j’ai déjà parlé) et l’inventaire des nobles et de ce que chacun d’entre eux tient en fief du comte puis du duc. Pour ce faire, des tenanciers nobles ou roturiers passent oralement par devant lui des reconnaissances individuelles qu’il compile dans les registres de reconnaissances. Puis paroisse par paroisse et hameau par hameau, il récapitule le nom des tenanciers, leur condition, la nature et le montant des redevances dues, avec la référence aux actes de reconnaissance, dans le cottet de servis. Ce dernier sert à vérifier les comptes de châtellenies. C’est donc l’instrument de travail du châtelain qui s’appuie dessus pour la perception des servis et autres redevances seigneuriales dans la châtellenie.

Voilà qui donne un éclairage intéressant au vécu de deux de mes ancêtres d’une dynastie de notaires qui ont été commissaires d’extentes : Me Jean François Gay vivait au XVIe siècle et fut commissaire d’extentes de Chaumont. Il fut emprisonné pour manquement dans sa charge et dettes envers les finances ducales ! Il a dû détourner des fonds… (Source : 1 et 2). Ce qui n’empêcha pas son arrière-petit-fils Me Claude Aymé Gay (°~1650-1702) qui vivait à Vulbens, et le fils de celui-ci, d’être à leur tour commissaires d’extentes !


Dossiers complémentaires :

2 réflexions sur « Châtelain #ChallengeAZ 2019 »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *