Des arches de pont sur la Seine…

Il est des choses que l’on n’aurait jamais imaginé… Avant de découvrir ces actes notariés qui m’apprennent que mes ancêtres possédaient des arches de pont, jamais je n’aurais pensé cela possible !

Replaçons les événements dans l’ordre des choses…

Le 8 mai 1587 Magdeleine Clement, veuve de Noble homme Me Adrian de Tournebus, de Paris, vend 3 arches tenant d’un bout à la terre du côté du bourg d’Héricy et de l’autre bout à la rivière de Seine. Dès lors les propriétaires sont les deux couples Hillaire Chevrier – Jehanne Delaplace et Raoullin Delaplace – Antoinette Gaillard, Jehanne et Raoullin Delaplace étant frère et sœur.

Source : acte notarié de Héricy de 1619 – A.D. de Seine-et-Marne

Ils sont donc détenteurs et copropriétaires de 3 arches du Pont de Samois du côté d’Héricy et sur l’une d’elles il y a un moulin à faire du blé pour farine. Ils possèdent aussi le droit de pêcherie à prendre des poissons dans l’arche et au-dessus comme au-dessous.

Le moulin a été nouvellement et depuis les dernières guerres civiles rebâti. En réalité il a été fortement endommagé en 1465 lors de “la Ligue du Bien Public” puis réparé et de nouveau endommagé en 1562 avec l’arche centrale détruite. Il est encore réparé mais en 1590 il est ruiné lors de la conquête de son royaume par Henri IV.

Ce moulin est confié à divers  meuniers successifs au début du XVIIe siècle, actes notariés à l’appui. On a même une prisée de ses ustensiles tournant et travaillant en 1626 !

Source : acte notarié de Héricy de 1626 – A.D. de Seine-et-Marne

Il reste dans la famille Delaplace pendant plusieurs siècles. Sur cette gravure il est encore désigné tel :

En 1818 il est cadastré appartenant à la veuve Chevrier. Aucun doute, il est resté dans la famille bien longtemps !

Ce pont est ce qu’il reste d’un ancien pont médiéval existant dès le XIIe siècle, en partie écroulé à causes du temps et des guerres.

Le pont est coupé par fait de guerre sous Louis XI. En 1529, il subsiste 19 arches – en état ou non – donc 18 piles. Deux arches sont praticables par les bateaux et 5 autres arches sont occupées par des moulins tandis que 3 arches sont occupées par des pêcheries.

D’après un dessin de 1617, le pont est encore en bon état côté Samois tout au moins :

Source : Samois-sur-Seine, V. Bouquet

Mais le pont est-il toujours praticable ? On ne sait, cela dépend de l’emplacement des moulins : sur les arches ou accolés au tympan aval du pont. Cette représentation est-elle juste ? Ne sachant pas d’où elle est extraite, c’est difficile de pouvoir en reconnaitre sa véracité mais elle donne une bonne idée et représente même le moulin de mes ancêtres (n°3 en bas du dessin côté Héricy) qui serait donc accolé !

Voici une représentation d’une telle installation à Villennes-sur-Seine :

En cherchant bien, on peut trouver des informations très intéressantes sur ce type de moulins. Voici une gravure d’un moulin de Charenton et un schéma expliquant le fonctionnement de ces moulins dits pendants :

Source : Le moulin à eau à Charenton, Hubert Robert, 1765-70, Museu nacional de arte antiga, Lisbonne

J’ai découvert cette peinture sur le site Artifex in Opere qui en recense une multitude !

Cette gravure se trouve sur le site Modèle réduit de moulin avec des explications intéressantes et je l’ai aussi retrouvée sur Archsubgras.

Le moulin-pendant, moulin fixe garni d’une roue mobile verticalement, suspendue sous la salle de mouture. La roue est posée sur un cadre en bois “parcq” dont les tirants “rayes” fixés aux quatre angles étaient montés et descendus à l’aide de vérins pour suivre les variations de la hauteur des eaux. Dans son mécanisme, il s’inspire du moulin-nef . Il a une grande roue à aube, jusqu’à 6 m de large et 4m de diamètre et possède un second couple rouet-lanterne pour augmenter la vitesse de rotation de la meule.  Si de nombreux moulins-nefs flottent sur la Seine au XIVe siècle,  soixante dix moulins de ce type à Paris, il semble que les moulins-pendants se sont assez tôt imposés sur la Marne. Les moulins-nefs font une petite apparition aux XVIIIe-XIXe siècles.

Le moulin-nef existant dès le Moyen-âge qui est représenté sur cette enluminure est la solution la plus simple et la moins onéreuse mais les rendements sont médiocres ! Muni d’une ou deux roues à aubes, il suit naturellement les fluctuations, et par son caractère mobile, il peut être placé au plus vif du courant.

Source : Vie de St Denis 1317 “Travailler au Moulin”

Que de types de moulins fonctionnant avec la force motrice de l’eau dont je n’imaginais même pas l’existence !


52 ancêtres en 52 semaines – Semaine 14 : Eau
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