L’apprentissage de la lecture et de l’écriture

Lire et écrire

  1. Alphabétisation et scolarisation
  2. Signatures

1. Alphabétisation et scolarisation sont étroitement liées; même si on peut apprendre ses lettres sans aller à l’école

Jusqu’au XIXe siècle, on allait à l’école, souvent seulement quelque mois par an, le temps d’apprendre à lire.
Si la famille avait les moyens financiers de se passer de ses enfants, toujours utile à la ferme ou dans la boutique, il pouvait rester à l’école pour apprendre à écrire, et même plus tard à calculer.
Nous parlons là bien sûr des petites écoles rurales.

Les “petites écoles” aux XVIe – XVIIIe siècles

Ce qu’on appelle “petites écoles” sous l’Ancien Régime, correspond à peu près à notre primaire d’aujourd’hui. On y apprenait à lire, écrire et compter, en plus du catéchisme et de l’apprentissage des devoirs religieux et moraux.

  • L’école
    L’école n’est pas organisée par l’Etat. Une école peut être créée sur la décision:

    • de la communauté d’habitants, l’assemblée de village, qui décide de financer une école et de recruter un maître. Pour ce faire elle peut s’auto-imposer un supplément d’impôt, mais souvent insuffisant pour que l’école soit entièrement gratuite. Les parents doivent donc participer par l’écolage qui est une contribution graduée selon le niveau d’apprentissage, voire selon les ressources des parents.
    • d’une congrégation qui décide d’ouvrir une école gratuite, c’est souvent à la campagne une école de filles.
    • d’un généreux donateur, clerc ou laïc. Ces écoles sont plus rares dans les régions d’habitat groupé et de fortes institutions communales.

    Les paroisses non donc pas toutes une école; et ce sont les régions les plus pauvres qui en sont dépourvues.
    Lorsqu’il y a une école, il n’y a pas toujours de local spécifique: la classe se fait alors chez le maître, sous le porche de l’église, aux champs ou dans une grange.

  • Le maître
    Il existe deux principaux types de maîtres:

    • les maîtres ecclésiastiques: ce sont souvent des clercs sans bénéfices, en situation d’attente. On les rencontre en majorité dans la France de l’ouest. Ce sont très rarement les curés eux-mêmes.
    • les maîtres laïcs: ce sont souvent des jeunes gens sans héritage, ni possibilité d’installation, mais ayant un minimum de bagage intellectuel et de compétences scolaires. Ils ont souvent acquis leur compétence auprès de leur père ou d’un oncle, ou encore auprès d’un prêtre ou d’un maître d’école attentif et dévoué.

    Un contrat d’apprentissage peut être passé entre un père pour son fils et un maître d’école.

    Jean Legouge (1664-1697 N°3178), est recteur des écoles de Saint-Denis-lès-Rebais. En 1692 il prend à sa charge pendant un an Joseph Bouin, fils de François Bouin hostelain, pour lui « montrer à lire et écrire en temps que ses esprits le peuve comprendre » et le « coucher, chauffer, nourrir et alimenter ».

    Les maîtres sont recrutés sur l’examen de leur valeur morale et religieuse, leur capacité à chanter et de leur niveau de connaissances et de compétences pédagogiques. Le choix doit normalement être ratifié par l’évêque. Un contrat est passé entre la communauté et le maître, il stipule les horaires et la durées des classes variables selon les saisons, les congés et les jours fériés (une cinquantaine), le congé hebdomadaire (souvent le jeudi et seulement l’après-midi) et la durée et les dates des grandes vacances. En général les écoles rurales ne fonctionnent que 4 à 5 mois par an. Les apprentissages ne se font pas comme aujourd’hui, ils ne sont pas simultanés, ils se succèdent: on apprend d’abord à lire, puis à écrire et enfin plus rarement à calculer.
    La déclaration royale de 1698 fixe la salaire minimum à 150 livres tournois pour les maîtres et 100 livres tournois pour les maîtresses (en comparaison, les revenus d’une famille agricole ouvrière sont de 90 livres) ce qui n’est pas très élevé. Ces revenus sont fournis par la communauté d’habitants à hauteur de 50 à 100 livres et complétés par l’écolage, variables selon le nombre d’enfants, la durée de l’enseignement et le degré d’instruction souhaité.

    Ecolage
    lecture 3 à 4 sols par mois
    écriture 4 à 5 sols par mois
    calcul 6 à 7 sols par mois
    plain-chant 8 à 10 sols par mois

    Le maître complète ses revenus par différentes tâches: bedeau, servant de messe, sonneur de cloches, organiste, chantre, secrétaire, … ou par un métier d’appoint. Mais il a aussi des avantages, il est parfois logé gratuitement (économie de 10 à 20 livres par an), il est exempté partiellement ou totalement d’impôts, il est exempté du tirage au sort pour le service dans la milice et du logement des gens de guerre.

Le réseau d’écoles urbaines

  • Il est complexe et divers et remonte au Moyen-Age avec:
    • les écoles mages:enseignement allant au-delà de la grammaire, souvent absorbées par les collèges à partir du XVIe siècle
    • les petites écoles:enseignement des rudiments avec vocation de former des enfants de choeur, des chantres et de futurs clercs. Elles se divisent à l’époque moderne en:
      – petites écoles paroissiales sous le contrôle de l’évêque
      – manécanteries sous le contrôle du chapitre, pour des enfants se destinant à une carrière cléricale.
  • Il est s’accroît au XVIe siècle avec les petites écoles créées par les corps de ville soucieux d’encadrer et moraliser la jeunesse.
  • Il est complété par les boutiques de maîtres-écrivains qui font concurrence aux petites écoles et comble une lacune en fournissant un enseignement commercial et technique.
  • La charité publique complète le tout à partir du XVIIe siècle.
  • Des maîtres privés tenant des écoles particulières payantes se multiplient au XVIIIe siècle.

Les collèges

Il s’agit d’une autre institution bien différente qui correspond à un enseignement secondaire fondé sur le latin, les “humanités” et la rhétorique. La population concernée n’est pas la même que pour les petites écoles rurales ou urbaines.

La majorité de nos ancêtres a reçu une instruction basée sur les différents apprentissages qui se succédaient et n’étaient pas simultanés comme aujourd’hui :
1) Lire.
2) Ecrire.
3) Calculer.

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2. Signatures

La signature telle qu’on la conçoit aujourd’hui s’est construite entre le VIe et le XVIe siècle autour de deux pratiques: l’écriture du nom propre et l’apposition autographe.

Un très large système de signes d’identité à l’intérieur duquel l’image joue un rôle prépondérant se développe et mène vers la signature: armoiries, seings, sceaux, ruches, souscriptions, rébus, marques, insignes, dessins, etc…

L’ordonnance de 1554 qui enjoint aux notaires de faire signer les contractants des actes, accorde à la mention autographe une valeur juridique de garantie absolue. La signature est ce qui réunit signe d’identité et écriture du nom, devenu image identitaire. Le monogramme constitue une première ébauche de cette mise en image du nom propre.

Mais nos ancêtres suspicieux, craignant les faussaires, voulant imiter les paraphes compliqués accompagnant les signatures de ceux qui savent écrire, cherchent à se démarquer en reproduisant un objet symbolique.

Antoine Josset ~ 1600 Claude Aillery – 1648 Jehan Aillery – 1648
Marguerite Cordel – 1694 Estienne Dupuis – 1627 Guillaume Lecomte ~1660 Marguerite Lecomte ~1700
Jehan Levesque  –  1645 Jacqueline Petit  ~1645 Nicolas Petit  ~1645 Jehan Bihory  – 1581
Pasquier Petit  ~1645 Michel Balberg  ~1730 Bertran Clichy – 1658 Jacques Lubet  – 1645
Jacques Le Compte  – 1650 Pierre Lubert  – 1670 Jacques Levesque  – 1667 Anthoine Paren  – 1671

Bien qu’interdite depuis 1554 comme les signes précédents, la croix reste jusqu’à la Révolution une signature comme une autre.

Ainsi certains se contentent de faire une simple croix, symbole religieux suffisamment fort pour avoir valeur d’engagement, c’est prendre Dieu à témoin. Mais c’est aussi un signe facile à tracer. On l’appelle « marque ordinaire ».

 

La signature peut nous renseigner sur le niveau de savoir de nos ancêtres:

– Un signataire malhabile ne sait peut-être ni lire ni écrire.

Etienne Belfort  ~ 1720 Etienne Belfort  ~ 1793
Antoine Martin Cottray  ~ 1800 Pierre Boudin  ~ 1695

Une signature tracée d’une main expérimentée peut révéler plusieurs choses.

Ces deux femmes semblent avoir des connaissances de l’écriture, il est possible qu’elles aient des connaissances en lecture également.
Catherine Cheramy  ~ 1610 Gabrielle Dagneau  – 1692

 

Tous les suivants doivent avoir de bonnes connaissances en lecture et écriture.

Les paraphes ou enjolivures élaborés et toujours identiques qui accompagnent leur signature montrent une certaine position sociale.

Jehan Dupuis  – 1623
il est frère d’Estienne Dupuis
laboureurs vignerons
Pierre Gerard  ~ 1650
maçon en plâtre
Jean Habert  ~ 1690
lieutenant
Antoine Dubois  – 1628
marchand batelier – drapier
Jehan Cousin  – 1613
boucher
Simon Dremont  – 1673
Jacques Girard  ~ 1630
Sieur
Laurent Jullien  – 1683
procureur fiscal et notaire
Emile Hyacinthe Lévêque  – 1848
fondeur en cuivre
Estienne Mondeguerre  ~ 1660
greffier puis notaire royal du baillage et siège présidial de Chartres à Thiron
François Nouveau  – 1616
marchand vigneron
Jean Revel  – 1700
notaire royal héréditaire, procureur fiscal
Claude Simon  ~ 1660 Jehan Le Normant   – 1581
laboureur vigneron

Relever les signatures de nos ancêtres nous permet donc de les connaître un peu mieux : il y a ceux qui signent, ceux qui font « leur marque ordinaire » et ceux plein d’imagination …

Pour avoir une interprétation des signatures voir RFG n°141 année 2002 & n°154 année 2004.

Evolution du nombre d’ancêtres sachant signer

Le degré d’alphabétisation de nos ancêtres est bien difficile à cerner. Selon les historiens, on peut diviser la France en deux selon une ligne Saint-Malo – Genève ( Source : Enquête Maggiolo):

Hommes et femmes sachant signer à leur mariage
  Période 1686 -1690  Période 1786 – 1790
NORD :♂ 44 %♀ 20 % NORD :♂ 71 %♀ 44 %
SUD :♂ 17 %♀ 5 % SUD :♂ 27 %♀ 12 %

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