À l’origine, était Thomas Le Carpentier, sieur de Tostes. Il a été anobli par les francs-fiefs en 1470.
Les francs-fiefs sont des fiefs nobles possédés par des roturiers. C’est exceptionnel puisque les roturiers n’ont habituellement pas la permission de tenir des fiefs puisqu’ils ne peuvent pas assurer le service vassalique de conseil et d’aide militaire. Ils doivent au roi une taxe du même nom en contre-partie.
Avec la Guerre de Cent Ans, le roi Louis XI fait réaliser des recherches des nobles comme celle de Montfaut. Nombre d’anciens nobles ayant perdu leurs bien et papiers pendant les troubles ont été radiés. Face au mécontentement, le roi se déplace en Normandie et une ordonnance de 5 novembre 1470 connue sous le nom de « charte générale des francs-fiefs » est délivrée. Peut être reconnu noble tout possesseur de fief prouvant sa détention ancienne et son mode de vie noble, qu’il soit roturier ou noble renvoyé par Montfaut faute de preuve. Une indemnité est payée à la communauté d’habitants pour compenser la taille, un impôt roturier. Cette « charte générale des francs-fiefs » est prolongée deux fois de 30 ans et abrogée en 1569.
Thomas Le Carpentier a donc, entre 1471 et 1473, reçu une charte particulière à sa famille. Comme pour toutes les autres familles concernées, un arrêt de la Chambre des comptes a dû entériner cette noblesse. Cela s’est fait pour Benoist Le Carpentier de Jouveaux (actuel département de l’Eure) le 18 juillet 1483 d’après la recherche des nobles de Lisieux en 1540. Un article intéressant dit que Benoist Le Carpentier a reçu un arrêt pour sa noblesse à cette date. Et ses petits-fils sont cités : Martin Le Carpentier, les enfants de Gilles Le Carpentier et Maurice Le Carpentier.
Et effectivement on trouve la mention d’un arrêt du Parlement de Normandie du 15 novembre 1484 :
Certains ouvrages disent que l’arrêt est de 1524 mais je pense que c’est une mauvaise lecture pour 1484 ! Ou alors il y en a eu un deuxième.
On sait que Benoist Le Carpentier de Jouveaux témoignait le 23 janvier 1495 âgé de 72 ans et qu’il était accompagné de son fils Thomas Le Carpentier âgé de 30 ans.

Il semble que Martin, Maurice et Gilles Le Carpentier soient des petits-fils de Benoist Le Carpentier, fils ou neveux de Thomas Le Carpentier. Nous avons d’autres mentions de ce Gilles Le Carpentier en 1540 pour des fiefs détenus par ses enfants mineurs.


Il est donc décédé avant cette année-là et ses enfants sont nés entre 1520 et 1540. Il est fort possible que ce Gilles Le Carpentier soit celui qu’on retrouve dans les preuves de noblesse du Cabinet des Titres possesseur de fief à Jouveaux :
En ce cas, il est père de Guillaume Le Carpentier qui est père de Jean Le Carpentier qui est père d’Isaac Le Carpentier qui est père de mon ancêtre Elisabeth Le Carpentier (ca 1645-1694) femme de René Potier de Courcy. Ceci bien qu’il y ait quelques divergences dans les différentes présentations que j’ai trouvées de la Recherche de La Gallissonnière où Alexandre Le Carpentier, frère de mon Elisabeth Le Carpentier a prouvé sa noblesse.
Dans le premier extrait, Guillaume Le Carpentier est donné fils de Mathieu Le Carpentier alors qu’au Cabinet des titres, nous l’avons vu, il est donné fils de Gilles Le Carpentier. Une petite discordance ici ! N’ayant trouvé aucune mention d’un Mathieu Le Carpentier, je vais prendre cela pour une erreur de recopie !
Les femmes de la famille sont données et correspondent bien aux mentions qu’on peut retrouver par ailleurs :
- Catherine Michel, la femme d’Isaac Le Carpentier, est très bien documentée et nous la trouverons ici
. - Marie de Mainteterne, la femme de Jean Le Carpentier, fera l’objet d’un article ici
. - Nicole Le Parmentier, femme de Guillaume Le Carpentier, est très peu documentée comme nous le verrons là
. - Romaine de Launay, femme de Gilles Le Carpentier, reste encore une inconnue…
La descendance de Jean Le Carpentier et de Marie de Mainteterne s’est divisée en 3 branches issues de leurs 3 fils, notons aussi l’existence de 2 filles :
- Angélique Le Carpentier (ca1595->1654), femme de Samson Dupuy, conseiller du roi, vicomte de Montreuil et Bernay dès 1627 et peut-être dès 1620.
- Marguerite Le Carpentier (ca 1600->1668), femme de Robert de La Houssaye, écuyer, seigneur de La Croix et de La Bisserie
- Pierre Le Carpentier d’Épineville (1607->1687), écuyer, sieur d’Épineville, conseiller du roi, vicomte de Folleville, époux de Geneviève La Bas. Il est installé à Saint-Aubin-de-Scellon.
- Isaac Le Carpentier (ca 1615-1668/1674), écuyer, seigneur de L’Épinay, Montchaton et Bavent, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, lieutenant d’une compagnie du Roi, époux de Catherine Michel de Cambernon. Il navigue entre La Poterie-Mathieu et Montchaton en Cotentin, seigneurie venue par sa femme où elle décède en 1673.
- André Le Carpentier (ca 1615-<1666), écuyer, sieur de Marcilly, époux de Marie Jouas puis de Madeleine Le Mire. Il passe la majeure partie de sa vie à Saint-Sylvestre de Cormeilles.
Ce sont ces différentes branches qui vont me permettre de comprendre leurs armoiries qui ont des descriptions très diverses…
En 1696, d’Hozier donne 3 versions pour des membres de la même famille :
À ces trois représentations, s’ajoutent des descriptions qui diffèrent quant à ce qui est représenté dans chaque canton de la croix. Il est aussi question de demis nilles de sable et d’ombres de tête de bouc de sable. En regardant le blason de Jean-Baptiste Le Carpentier on peut effectivement voir une ressemblance avec de ombres de tête de bouc mais habituellement elles sont de profil et non pas de face ! J’ai par contre beaucoup de mal à y voir des fourchettes de fantassin même à l’antique ! C’est normalement une sorte de lance avec une fourche à 3 dents…
Par contre en mettant ainsi côte à côte les 3 blasons de 1696, il est évident que nous avons 3 représentations d’anilles ! L’anille (du bas latin anilla, de anicula, petite vieille, et par extension, béquille) a une double origine :
- elle est assimilée au fer ou croix de moulin, une espèce d’anneau en fer qui soutient la meule supérieure d’un moulin à farine ayant la forme de deux C adossés, reliés par deux petites barres. Sans doute faut-il y voir un rapport avec le moulin banal appartenant au seigneur.
- elle serait une ancre de façade destinée à empêcher l’écartement de deux murs.

Il semble que les hérauts d’armes aient eu beaucoup de mal à décrire et représenter ce qui était figuré sur le blason de cette famille Le Carpentier !
Mais la mention de demi nille et de roc d’échiquier montre une représentation partielle de l’anille traditionnelle qui a déjà une multitude de représentations…
Pourquoi ces confusions ? Peut-être parce que ce n’était pas un fer de moulin mais plus certainement une ancre ! C’est en réalisant des recherches sur cette énigme, que je pense avoir découvert ce que c’était vraiment. J’ai trouvé une ancre qui a vraiment la bonne forme, c’est une ancre à volute avec son talon. Elle sert à raffermir les ouvrages de charpenterie et de menuiserie, je l’ai trouvée dans divers ouvrages dont l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert
. Plus simple que d’autres ancres, elle peut être considérée comme une demi anille d’où la confusion dans le blason de Marie Le Carpentier avec un roc d’échiquier !
Pour en savoir plus sur ces ancres, un très bon site ici Combien ça porte ?
Il s’agirait donc d’armes parlantes pour cette famille Le Carpentier… Voici une représentation que j’ai faite réaliser à l’IA à partir du blason de Jean-Baptiste Le Carpentier et de la description de 1668 qui précise la molette que j’ai réalisé avec inkscape et auquel il a ajouté des lévriers en support et cimier.














