Que sait-on sur cette famille du Cotentin ? C’est une famille de Saint-Hilaire-du-Harcouet qui s’est élevée au cours du XVIe siècle.

Peut-être provenait-elle d’une branche déchue d’une ancienne famille noble de Chérencey dont un membre est cité dans le cartulaire de Lonlay, Gauslin de Cherencey au XIe siècle d’après Pitard ? Mais quel grand écart ! J’y crois peu…


Bref, cette famille est réellement connue depuis honorable homme Guillaume de Chérencey qui vivait à La Pichardière vers 1500. Il était l’époux de demoiselle Gillette Quernel originaire de Virey. Ils étaient les parents de honorable homme Gilles de Chérencey bourgeois de Saint-Hilaire.


Gilles de Chérencey

Gilles de Chérencey a eu deux épouses :

  • noble demoiselle Guillemette de Saint-Germain, fille du seigneur de Parigny
  • Aliénor Dupont (d’après Daniel Jamelot et J. Durand de St Front « Nouvelle Histoire de Saint-Hilaire-du-Harcouët »)

Et on lui connait plusieurs enfants dont

  • Jehan de Chérencey, qui va suivre
  • François de Chérencey, sieur de La Grihaudière et de La Bigotière
  • Louis de Chérencey, prêtre et curé de Lapenty
  • Gillette de Chérencey qui a épousé Jean Pontas sieur de La Chapelle

Les alliances de la famille montrent un certain statut social dans la bourgeoisie locale, ils s’allient dans leur milieu et dans la petite noblesse locale.


Jehan de Chérencey

Jehan de Chérencey est un bourgeois de Saint-Hilaire-du-Harcouët et de Virey, magistrat de Mortain. Il entoure de fortifications son manoir de La Pichardière et entreprend la construction d’un autre petit manoir vers 1560. C’est un petit manoir fortifié typique de ceux qui sont construits dans le Mortanais pendant les Guerres de Religion.

Il épouse demoiselle Madeleine Durand fille du sieur de Paildieu originaire de Vire qui lui donne plusieurs enfants :

  1. Gilles de Chérencey, qui va suivre.
  2. François de Chérencey, qui va suivre.
  3. Jeanne de Chérencey, mariée en 1598, noble Robert de Pracontal, écuyer.
  4. Aliénor de Chérencey, mariée en 1598, Bertrand de Saint-Germain.
  5. Guillaume de Chérencey, prêtre.

Gilles de Chérencey

Gilles de Chérencey augmente la terre patrimoniale du Jardin d’un assez grand nombre de champs
achetés à Jean de la Ferrière, seigneur de Saint-Hilaire, et à de petits propriétaires voisins (1582-1585).

En tant que président de l’Élection de Mortain dans cette période troublée, il trouve de nombreuses occasions d’augmenter sa fortune plus ou moins légalement. En 5 années, le Parlement de Normandie lance contre lui trois décrets de prise de corps :

  • en 1588 à la demande de Julien de la Ferrière
  • en 1593 par le Procureur général
  • en 1593 par une certaine demoiselle Marie Samson (1593)

Mais les juridictions locales se prononcent en sa faveur, il ne connait pas les violentes récriminations que d’autres châtelains connaissent alors. D’ailleurs, j’ai pu découvrir qu’il a été anobli avec ses frères et leur père en 1593 mais j’y reviendrai… Il agrandit donc et fortifie le Manoir du Jardin en 1590, lui donnant l’apparence qu’il a encore aujourd’hui.

Le manoir du Jardin est cité dans une liste de manoirs hostiles au roi dans une lettre écrite par Henri IV le 9 Mars 1591 au duc de Montpensier après la prise d’Avranches (Lettre de Henri IV, T. III, p. 350-352.).

Des poursuites furent à nouveau dirigées contre lui en 1599 : les magistrats de Mortain veulent faire abattre les petites tourelles et le pont-levis du Jardin. Chérencey se pourvoit au Parlement qui ordonne de dresser un état des lieux. Ceci est fait le 17 février 1600 et Gilles de Chérencey tente de rassurer les magistrats mortainais expliquant les tours percées de meurtrières sont pour loger plus confortablement sa famille et les douves profondes de six pieds et larges de vingt pour dessécher sa cour et ses prés. Mais il ne maintient pas ces explications devant le Parlement en mars. Cette fois-ci, il justifie les fortifications pour avoir voulu se protéger des vols et assassinats dans cette période troublée. Il accuse ses ennemis de vouloir démolir sa maison et le ruiner. Aucune décision n’est prise par le Parlement. Mais dix mois plus tard, le 10 janvier 1601, en son absence, sa maison du Jardin est envahie par quelques-uns de ses ennemis. Les occupants justifient leur présence par un ordre verbal du bailli de Mortain suite à un arrêt de prise de corps décerné par le Parlement de Rouen le 24 novembre 1595 contre Gilles de Chérencey. Mais il avait été déchargé de tous décrets par sentence des assises de Mortain du 18 février 1595 et par lettres-patentes et arrêts du Conseil du Roi donnés à Lyon le 28 juillet 1600 ! Ils abandonnent le manoir sans dommages.

Les fortifications du Jardin ne sont pas abattues contrairement à beaucoup d’autres. Soit elles ont été oubliées, soit elles ont été jugées inoffensives contrairement à celles de la Pichardière de son frère François de Chérencey qui sont rasées en 1623.

Notons qu’en 1599-1600 il a été accusé avec ses frères François, Jehan et Louis de Chérencey, devant le parlement de Normandie, par Jacques et Joachim de Gosselin, d’avoir brûlé et ravagé leurs terres et violenté leurs gens et leur mère du temps de leur minorité. C’est-à-dire, pendant les Guerres de Religion…

En 1599 et 1600 il est receveur des tailles de l’élection de Mortain et et on apprend qu’il a été « forcé » de suivre la Ligue qui tenait la région…

En novembre 1604, il se trouve à Rennes alors qu’il est parrain d’un enfant. Il est qualifié de « sieur de Vire et du Jardin conseiller du roy et président des eslus de la lieutenance de Mortain » .

Il aurait épousé Martine Mahé mais une mention a propos d’une cloche en 1665 m’interpelle. Il y est question d’une Martine du Pont épouse de Gilles de Chérencey sieur du Jardin et de l’année 1528. Ce qui est impossible. Est-ce une mauvaise lecture de l’année ? Ou si c’est 1528 il ne peut s’agir de ce couple. Qu’était-il vraiment écrit ?

A.D. Manche – B.M.S. de Virey – 5 Mi 2098 : 1664-1669 page 15

Une autre mention en l’année 1653 sur la moyenne cloche de la paroisse de Virey confirme bien que l’épouse de Gilles de Chérencey s’appelait Martine du Pont en 1595 !

A.D. Manche – B.M.S. de Virey – E94 : 1645-1654 page 60

Il est décédé après 1606 car cette année-là il est encore vivant. On le retrouve aux Mémoriaux de la Cour des Aides dans la liste du personnel de la prévôté, dans un rôle de la Revue qui fut passée, en la place de Bihorel-lès-Rouen, le 18 nov. 1606, de la compagnie du Sr de Raullet. Il fait partie des lieutenants de robe
courte qui ont remplacé les vis-baillis . Mais il ne s’y est pas présenté !


François de Chérencey

François de Chérencey, frère de Gilles de Chérencey acquiert la seigneurie de Virey en 1599 de Renaud de la Marzelière. Il est désigné comme sieur de la Pichardière et de Virey dans les actes comme au mariage de sa fille Magdelaine de Chérencey le 12 octobre 1619 à Virey ou au mariage en 1621 de sa nièce Marie de Chérencey fille de son frère Louis de Chérencey sieur des Champs et de Marguerite Pautret .

D’ailleurs, dans cet acte, on apprend qu’il a aussi un fils Jacques de Chérencey que je retrouve par ailleurs sieur de la Pichardière.

Un François de Chérencey était en 1592 receveur des tailles d’Avranches d’après les Registres mémoriaux de la Chambre des Comptes de Normandie, à ladite année . C’est sans doute lui.

Un acte de 1613 donne son épouse qui est damoiselle Jeanne Brient ce qui est confirmé par son décès à Virey le 8 février 1618 .

Des documents de 1617 à 1623 indiquent qu’une procédure est établie contre lui pour la démolition de la maison de la Pichardière en Virey, fortifiée durant les guerres civiles, par son frère Jean de Chérencey, et parachevée par lui. Un arrêt du Parlement porte qu’il sera procédé, dans les six semaines à la démolition des fortifications et pont-levis, et au comblement des douves et fossés…

Le couple a donc comme enfants : Jacques et Magdelaine de Chérencey auxquels il faut ajouter une Jeanne de Chérencey marraine en 1609.


Louis de Chérencey

Louis de Chérencey est donné fils de François de Chérencey par Durand de Saint-Front. Mais je doute de cette possibilité car dans le mariage de Marie de Chérencey en 1621 , la parenté de Louis de Chérencey n’est pas donnée contrairement à François de Chérencey qui est son oncle et à Jacques de Chérencey qui est donné pour le fils de ce dernier. En outre, dans ce même acte, il est sieur du Jardin ce qui le ferait plutôt hériter de Gilles de Chérencey ! Et je vais suivre en cela Henry Bourde de la Rogerie .

Louis de Chérencey était comme son père avant lui, vi-bailli du Cotentin et de Mortain. C’était un officier de robe courte qui secondait le bailli et en tant que tel il jouit du privilège de noblesse.

Son acte d’inhumation le 28 janvier 1650 à Virey indique qu’il a été inhumé dans l’église de Saint-Hilaire-du-Harcouët. Il est dit encore une fois sieur du Jardin et de Virey.

R.P. de Virey (A.D. de la Manche)

Il avait épousé avant 1619 Anne de Vauborel. Et après son décès, elle a dû demander des lettres de relief de dérogeance le 21 décembre 1650. Pourquoi était-elle dérogeante ? Anne de Vauborel est née noble et devenue veuve d’un roturier, elle peut recouvrer sa noblesse personnelle en obtenant lesdites lettres. Voir l’article qui lui est consacrée ici .

C’est donc que Louis de Chérencey n’était pas noble. Pourtant j’ai dit plus haut que son père avait été anobli. Qu’en est-il ?

Une note dans le Fonds Le Masle – 76F 96 – Cote 2 MI 500 R 47 l’indique avec ses frères et son père dans la liste des anoblis d’un manuscrit de la recherche de Roissy 1598-1599 pour l’année 1593. Je le retrouve aussi mentionné ici .

On y apprend que François de Chérencey a payé pour eux 990 livres de finance. De quoi s’agit-il ? Lors de l’anoblissement, il fallait payer des taxes, plusieurs milliers de livres ! La famille s’est appauvrie et n’a vraisemblablement pas pu payer la totalité de ce qu’elle devait. Alors lors de la recherche de 1655, on apprend que le 4 septembre 1658, le fils homonyme de Louis de Chérencey a renoncé à sa noblesse.

Fonds Le Masle – Cote 2 MI 500 R 49

Une généalogie, qui comporte quelques erreurs, nous fournit leurs armes : d’argent à 3 cors de chasse de sable.

Je ne sais pas où ces armoiries ont été trouvées mais il existe également une autre version sur la base roglo avec un chef d’azur chargé de trois glands d’or.


Anne de Chérencey est l’une de ses filles, née sans doute en 1623 à Saint-Hilaire-du-Harcouët. Elle fait partie d’une grande fratrie de 9 enfants. Il y avait au moins 5 filles et 4 garçons dont l’aîné, Louis de Chérencey a renoncé à faire valoir sa noblesse comme je l’ai dit plus haut. La famille est plus ou moins ruinée et le 19 janvier 1663, il démembre le fief de Buais de celui de Virey, dont il faisait partie, en faveur de Charles de Vauborel, chevalier, seigneur de Digosville et Lapenty. qui le fait s’unir à ses fiefs de Lapenty, Saint-Symphorien et ériger en titre de Comté par lettres patentes du Roi datées du mois d’août de la même année. Ce Charles de Vauborel est son cousin issu de remué de germain puisqu’ils ont les mêmes arrière-arrière-grands-parents !

Anne de Chérencey épouse un propriétaire du Mesnillard, fils d’un élu de Mortain : Jean Gaultier, sieur du Hamel. Ils ont 9 enfants.

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