Femme de soldat au XVIIIe siècle

J’ai dernièrement découvert l’existence d’un ancêtre soldat de métier, carabinier dans la cavalerie du Royal-Roussillon, Jean-Baptiste Delianne. J’ai retracé son histoire ici. À présent je vais essayer de retracer la vie de son épouse, Elisabeth Clement.

Enfance :

Elisabeth Clement nait le 23 septembre 1729 à Jubainville dans les Vosges, à 6 km de Domrémy-la-Pucelle, connue pour être le village natale de Jeanne d’Arc.

Source : Jubainville A.D. 88

Elle est la 6e des 8 enfants de Michel Clement et de Lucie Gardeur.

Ses parents quittent Jubainville pour s’installer à Taillancourt (actuellement dans la Meuse) après sa naissance et avant celle de sa sœur qui y est née en 1731. Elle a alors seulement 2 ans. Elle ne vécut donc qu’à Taillancourt jusqu’à son mariage.

Jusqu’à ses 9 ans son grand-père maternel, Nicolas Gardeux, vivait sans doute avec eux, il semble les avoir suivi de Jubainville à Taillancourt où il décède en 1738.

Mariage :

En 1752 le régiment Royal-Roussillon cavalerie est en quartier à Taillancourt, un volontaire au Royal-Roussillon en quartier y meurt le 5 février 1752, un autre le 7 juin de la même année. On le retrouve ensuite à Landrecies dans le Nord en 1754. Entre ces 2 dates, Elisabeth Clement a rencontré son futur époux. Le régiment est-il resté jusqu’en juillet 1753, à Taillancourt, époque de la conception de leur fils aîné ? Ou bien Elisabeth Clement a-t-elle suivi le régiment comme blanchisseuse ou vivandière, seules femmes autorisées dans les armées françaises depuis le milieu du XVIIIe siècle ?

“La conjugalité et, plus généralement, les femmes sont perçues comme des obstacles à la vocation guerrière et à la discipline des militaires, alors que ces derniers sont considérés comme une catégorie d’individus en marge des structures sociales telles que le mariage et la famille.” (Des militaires en couple – La conjugalité des officiers et des soldats, face aux évolutions de l’institution militaire, dans les armées françaises (1650-fin des années 1780) Laura Balzer)

Pour se marier, les soldats ont l’obligation de demander l’autorisation à leur colonel qui ne délivre que rarement une réponse positive. Les procédures peuvent remonter jusqu’au bureau de l’intendant de la province où le régiment se trouve en garnison.

Elisabeth Clement épouse donc Jean-Baptiste Delianne, cavalier dans le Royal-Roussilon Cavalerie en février 1754 à Paris, seulement 2 mois avant la naissance de leur fils Jean-Baptiste.

Un exemple cité dans l’hypothèse de Laura Balzer, pourrait être le vécu d’Elisabeth Clément et de Jean-Baptiste Delianne :

Ainsi, en 1752, l’intendant de Champagne doit répondre à la demande de Chabridon, trompette de la compagnie de Perrin au régiment des Salles, qui entretient « un commerce scandaleux » avec « une marchande lingère de ce lieu à laquelle il a fait un enfant et qu’il offre d’épouser ». Cette dernière s’appelle Catherine Taillier et le subdélégué doit mener une enquête sur elle :

[L]’on m’a assuré que ce qui lui est arrivé avec ce trompette est plutôt un effet de sa foiblesse que de son libertinage, et qu’il n’y a jamais eu aucune plainte contre elle. Dans ces circonstances, je crois qu’il convient de favoriser le mariage qu’ils désirent l’un et l’autre a contracter et qui légitimera l’enfant et réparera en quelque sorte la faute de la mère.

Les autorités militaires semblent s’inquiéter essentiellement de la moralité de Catherine Taillier. Mariée, elle devra intégrer le régiment en tant que blanchisseuse et il faut s’assurer de ses bonnes mœurs pour ne pas qu’elle séduise d’autres hommes, au risque de provoquer des conflits et de détourner son mari de son devoir. Comme elle n’est pas volage, le mariage apparaît comme la solution la plus acceptable moralement. En effet, à partir du concile de Trente, l’institution militaire préfère encore favoriser le mariage plutôt que les unions libres ou la prostitution dans les armées, souvent à l’origine de disputes entre soldat. (Laura Balzer)

Ils ont au moins 8 enfants qui naissent tantôt à Taillancourt (1754 et 1766), village d’Elisabeth Clement, tantôt au gré des déplacements de la troupe : Pacy-sur-Eure (1755), Cologne (vers 1758), ? (vers 1760), ? (vers 1763) et Niort (1765). Après qu’il a quitté l’armée et qui’il est pensionné en 1768, Jean-Baptiste s’installe définitivement avec sa femme à Taillancourt où ils ont encore une fille morte-née en 1771.

Il semblerait que les enfants, même nés sur les routes, soient élevés à Taillancourt. Ils sont envoyé sans doute chez leurs grands-parents. Jean-Baptiste y meurt en 1760 à 6 ans, Louise Albert en 1763 à 3 ans, un autre Jean-Baptiste en 1766 à 19 mois. Ce dernier est décédé 5 jours avant la naissance de son petit frère Hubert dans le village. Peut-être parce qu’on est en plein hiver, dans une période calme du régiment qui est en quartier à Thionville. Jean-Baptiste a peut-être été autorisé à rentrer chez lui en courte permission.

Fin de vie

En novembre 1768, onze mois après leur installation définitive à Taillancourt, la mère d’Elisabeth Clement, Lucie Gardeur, décède. Deux ans et demi plus tard, c’est son père Michel Clement qui décède, puis son fils cadet Hubert Delianne en 1785 à 18 ans.

Elle marie ses filles Antoinette et Marguerite respectivement en 1779 et 1787. Elle meurt le 3 novembre 1789 à Taillancourt.

Source : Taillancourt A.D. 55

Elle n’aura pas assisté au mariage de son fils Pierre Etienne Delianne.

Celui-ci réitère l’histoire paternelle puisqu’il est cavalier du 19e régiment de cavalerie compagnie d’Apremont et en quartier près de Toul quand il s’y marie le 21 octobre 1791. Sa fille nait à Berviller-en-Moselle quatre jours plus tard ! Jean-Baptiste Delianne n’assiste pas non plus au mariage, empêché par sa santé. Il meurt 7 ans et demi plus tard, le 3 Ventôse an VII, à l’Hôtel des Invalides dont il était pensionné depuis 1768.

Source : Heredis

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