Cela fait 5 jours que maman est à l'hôpital pour essayer de retarder notre arrivée. Mais le 24 avril à 4h40 maman est réveillée parce qu'elle saigne, et puis les contractions arrivent. Les médecins lui disent que ma poche s'est percée. Ils vont la préparer pour la césarienne car elle est déjà sur le point d'accoucher naturellement. Mais ça serait trop de souffrance pour nous. Mon frère gigote comme un petit diable le coquin !
J'ai poussé mon premier petit cri à 6h42 et mon frère Pierre à 6h43 ! Je suis la plus petite 32 cm et 636 g alors que mon frère Pierre est un grand gaillard 959 g et 33 cm. Papa va vite venir nous voir quand les médecins nous auront bien installés au chaud dans le service de réanimation. Il est tout fier de nous quand il nous voit pour la première fois. Maman vient nous voir avec lui dans la soirée. C'est difficile, même dans un fauteuil roulant. Mais elle est trop heureuse de venir nous voir. On commence à être des stars ! Papa et maman prennent des tas de photos de nous.
Maman va vous raconter:
Je me faisais une vrai joie d'aller à cette visite mensuelle chez le gynécologue. Je suis à 25SA pile. L'examen à peine commencé, il est déjà fini. Direction la salle d'accouchement. J'ai rien senti venir et pourtant mon col est complètement effacé et il commence à s'ouvrir. Batterie d'examens, monitoring, échographie, voilà que le col est déjà ouvert à 3 et demi ! Et puis je commence à avoir mal au dos. Enfin je crois parce que subitement je réalise que c'est régulier et de plus en plus rapproché ! Une sage femme essaye de me calmer et de m'aider à respirer. Et voilà que je me mets à perdre un flot de sang à innonder les draps. La chambre se remplit de monde, on emmène les draps, le bassin: il faut peser pour savoir la quantité de sang perdue ! Là on change le produit de la perfusion, il faut arrêter le travail ! Les pédiatres de réanimation-néonatologie viennent nous expliquer qu'ils prendront en charge les bébés dès leur naissance. Mais qu'on est très tôt dans le terme. Il y a 50% de chance de les sauver. Ils ne feront pas d'acharnement, ... Puis on nous annonce qu'on remplit les papiers pour leur naissance attendue pour dans la nuit, qu'il faut qu'on indique les prénoms. Mais on avait encore rien choisi !
Futur papa file à la maison, me ramène des vêtements et le livre sur les prénoms. Il va passer la nuit près de moi, on essaye de trouver des prénoms. Pierre on l'avait déjà en tête depuis notre premier essai de recherche de prénoms. Mais le 2e bébé on ne sait toujours pas avec certitude si c'est une fille ou bien un garçon. On a plusieurs choix mais on n'arrive pas à décider. On est beaucoup trop angoissés. On finit par s'endormir.
C'est une journée tranquille. Rien de spécial. Je ne bouge pas du lit. J'espère pouvoir tenir au moins 15 jours. C'est tellement important !
Le cycle du médicament pour arrêter les contractions est fini. Il faut passer à un autre produit. En prévision d'une césarienne imminente, les médecins ont décidé de me transfuser vu la quantité de sang perdue l'avant-veille. À la fin de la deuxième poche, je commence à me sentir mal. On arrête tout: la transfusion, le médicament qui arrête les contractions. Examens, radio, je fais un oedème aigu du poumon. Me voilà sous masque à oxygène. On recommence un cycle du médicament précédent.
On m'emmène en ambulance au vieux CHU pour faire une écho cardiaque. C'est à quelques centaines de mètres mais voilà même dans un lit sans bouger, ça remue et des petites contractions reviennent. Le soir contractions un peu plus fortes, à nouveau grosses difficultés à respirer.
Je refuse de retourner au CHU faire une écho cardiaque. C'est un pédiatre qui vient me la faire. Je fais toutes les 2 heures des séances de 15 minutes de masque à pression positive. On a quasiment épuisé les possibilités de médicaments pour arrêter les contractions.
4h40 je saigne. Je suis étrangement calme. Verdict: il y a du liquide amniotique. On va faire la césarienne. J'appelle vite Gilles, il faut venir maintenant, mon col est ouvert à 5,5 et j'ai des contractions très régulières. Le travail a recommencé. On m'explique qu'on va me faire la césarienne sous rachianesthésie, on me rassure sur le déroulement.
Iminent papa a à peine le temps d'arriver, on se redonne les prénoms choisis. Je suis emmenée au bloc. Mon col est déjà à 7 et le bébé en bas est déjà en train de s'engager.
La rachi: pas agréable mais moins douloureuse que ce que je m'imaginais d'une péridurale ou d'une rachi. Ensuite ils m'ont fait je ne sais quoi au ventre et m'ont demandé si je sentais. J'avais senti quelque chose mais indéfinissable. Donc c'était bon ils pouvaient agir. Moi je ne voyais rien de ce qu'ils faisaient à cause du champ opératoire. Mais quelqu'un me disait "il ouvre" "il sort le premier bébé" "c'est une une fille, c'est Pauline alors" "Pierre est sorti" puis "vous allez sentir comme si on vous tire très fort quelque chose mais vous n'aurez pas mal".
Effectivement je sentais plein de choses mais je ne saurais pas expliquer quoi. La partie la plus longue c'est quand j'avais l'impression qu'ils m'arrachaient des trucs du ventre, qu'ils tiraillaient dans tous les sens. C'est très bizarre parce que ça ne faisaient pas mal ! Ca a duré bien 30 min voire plus alors qu'en quelques minutes ils avaient ouvert et sorti Pierre et Pauline. Mais j'étais prévenue donc pas d'inquiétude. Ils ont tous les 2 poussé un petit cri, mais bien sûr je ne les ai pas vus, il fallait les prendre en charge immédiatement. On revenait me dire : "Pierre pèse 959g et Pauline 636g" "Ils vont bien" etc...