La naissance

La naissance

Sans les naissances de nos ancêtres nous ne serions pas là aujourd’hui. Tous, en consultant les registres, nous avons constaté qu’autrefois l’on avait beaucoup plus d’enfants que de nos jours. Voici quelques données intéressantes:
  • taux de natalité au XVIIIe siècle: 40 pour 1000 (XXe: 14 pour 1000)
  • taux de mortalité au XVIIIe siècle
    • 25% avant 1 an
    • 40% entre 1 et 4 ans (à cause du sevrage)
    • 90% pour les enfants abandonnés


Deux exemples de familles nombreuses:

  • Louis Mondeguerre (1748-1790 Sosa 310) a eu 15 enfants de Marie-Françoise Roulet épousée en 1770 (1744-an X Sosa 311):
    • Marie-Magdeleine°1771 (Sosa 155 née 9 mois après le mariage)
    • Marie °janvier 1773 +1773 (18 mois après la précédente)
    • Marie Jeanne ° et +décembre1773 (9 mois après la précédente )
    • Anne-Louise ° et +décembre1773 (jumelle de la précédente )
    • Louise Barbe °1774+1849 (12 mois après la précédente )
    • Louis Nicolas °1775+1807 (12 mois après la précédente )
    • Marie-Françoise ° et +1776 à 1 mois (11 mois après la précédente )
    • George Simon ° et +1777 à 2 mois (10 mois après la mort de la précédente )
    • Louise Françoise °1778+1782 à 3 ans ¼ (10 mois après la mort du précédent)
    • Françoise Rose ° et +1779 (12 mois après la précédente )
    • Marie-Charlotte ° et +1781 à 6 mois (16 mois après la précédente )
    • Anne-Louise ° et +1782 à 3 mois (11 mois après la mort de la précédente )
    • Louis Servais °1784+1785 (15 mois après la mort de la précédente )
    • Jean-Baptiste ° et +1785 (19 mois après la précédente )
    • Marie-Louise °1787+1847 (18 mois après la précédente )

    Il y a une moyenne de 14 mois entre chaque enfants. Les écarts les plus importants sont dus à la « longévité » des enfants précédents. L’accroissement des écarts pour les trois derniers enfants est dû à l’âge de la mère (43 ans en 1787) qui arrive à la fin de sa fécondabilité. A la mort du père en 1790, la famille se compose de 4 enfants âgés de 18 ans, 14 ans, 6 ans et 3 ans.

  • Pierre Mercier (ca1629-1689 Sosa 2490) a eu 17 enfants de Nicole Gallou épousée en 1663 (1640-1694):
    • André ° et +janvier 1664 à 9 jours (né 8 mois après le mariage)
    • Renée °novembre 1664 (10 mois après la précédente)
    • Marie °1665 +1707 (11 mois après la précédente)
    • Noëlle ° et +1666 à moins d’1 mois (1an après la précédente)
    • Marie ° et +1668 à moins d’1 mois (16 mois après la précédente)
    • Catherine ° et +1669 à 11 mois (11 mois après la précédente)
    • Pierre ° et +1669 à 9 mois (jumeau de la précédente)
    • mort-né ° et + 1670 (13 mois les précédents)
    • Nicole ° et +1670 à moins d’1 mois (jumelle du précédent)
    • Pierre °1671+1672 à 1 an (15 mois après les précédents)
    • Jeanne ° et +1672 à 2 mois (13 mois après le précédent)
    • Pierre °1673+1674 à 5 mois (16 mois après la précédente)
    • Catherine ° et +1674 à moins d’1 mois (28 mois après la précédente)
    • fille ° et + 1676 à moins d’1 mois (18 mois la précédente)
    • Pierre °1677+1759 (16 mois après la précédente)
    • Marie °1678+1692 (13 mois après la précédente)
    • Catherine °1680 et +1685 (19 mois après la précédente)

    Il y a une moyenne d’1 an entre chaque enfant. Le couple a même eu deux paires de jumeaux à un an d’écart ! A la mort du père en 1689, la famille se compose de 2 enfants âgés de 11 et 10 ans, deux filles aînées de 24 et 23 ans sont déjà mariées et mères de famille.

Mais que savons-nous des naissances sous l’Ancien-Régime ? Pour traiter de ce sujet j’ai choisi d’aller directement aux sources, pour ce faire j’ai consulté un ouvrage d’Ambroise Paré (1509?-1590): Deux livres de chirurgie, de la génération de l’homme, manière d’extraire les enfans hors du ventre de la mère, ensemble ce qu’il faut faire pour la faire mieux, plus tost accoucher, avec la cure de plusieurs maladies qui luy peuvent survenir, 1573, Paris.

  1. Concevoir
  2. Dans le ventre …
  3. La naissance
  4. L’allaitement
  5. Les grossesses multiples
  6. La mort de la mère
  7. La mort de l’enfant
  8. Le baptême
  9. Les premiers mois de la vie

Concevoir

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S’ensuit tout un chapitre qui explique comment la femme peut savoir si elle est enceinte, dès le rapport (!), ou par la suite (vertiges, nausées, douleurs à la poitrine, …).

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Dans le ventre …

Les deux semences mêlées bouillent, trois petites ampoules ou bulles se créent pour former le foie, le cœur et le cerveau. L’âme se joint au corps le 4e jour pour les mâles et le 5e pour les femelles. Le fœtus ou embryon est nourrit par l’ombilic, il n’a pas l’usage de sa bouche, ni de ses yeux, ni de son nez, ni de ses oreilles, ni de son cœur.

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La naissance

Venu à son terme, l’enfant a tellement faim qu’il veut sortir. Il rompt les membranes qui le soutiennent, et sort la tête la première. Mais il arrive qu’il soit dans d’autres positions contre-nature nécessitant que la sage-femme le retourne ou fasse appel à un chirurgien:

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L’enfant peut naître du 7e au 11e mois mais généralement au 9e mois. Au 6e mois, il ne peut vivre, pas plus qu’au 8e mois à cause de Saturne, par contre au 7e mois c’est assez fréquent qu’il survive. Si l’enfant ne bouge plus dans le ventre, si les eaux se sont déjà écoulées et si l’arrièrefais (placenta) est sorti, l’enfant est mort. Suivent divers chapitres sur l’accouchement et ustensiles utilisés pour extraire l’enfant mort, avec gravures.

Une sage-femme, aussi appelée matrone, a la confiance du village pour procéder aux accouchements, elle a prêté serment à l’église et en ville a reçu un enseignement dans un collège de chirurgien. Elle doit être capable d’ondoyer l’enfant en cas d’urgence. Elles le sont souvent de mère en fille.

Dès que l’enfant est sorti il faut ligaturer le cordon ombilical, le laver d’huile de rosat et myrtille, faire fonctionner ses articulations, nettoyer ses orifices. L’arrièrefais, lit ou délivrance doit aussi être extrait, il y en a autant qu’il y a d’enfants.

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L’allaitement

Ce qui est le mieux pour le nouveau-né, c’est l’allaitement maternel. Son lait est fait de son sang et est donc le plus proche de son sang qui était la nourriture de l’enfant dans son ventre. Il ne faut pas donner à téter dès les premiers jours car le lait est corrompu d’avoir dû attendre si longtemps. Si la mère est malade elle ne peut allaiter et il faut trouver une nourrice (plusieurs chapitres traitent du choix de la nourrice). Les dents sortent vers le 7e mois, mais le sevrage se fait vers 18 ou 20 mois voire à deux ans.

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Les grossesses multiples

Les siamois étaient considéré comme des monstres:

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Quel n’a pas dû être l’effroi de cette famille du village de Coublanc (71) le 11 Brumaire an III, lorsque la mère accoucha “d’un monstre selon le terme du chirurgien” ! Il a 2 têtes, quatres bras et quatres jambes, “attachés ensemble les deux individus depuis le bas ventre jusqu’à l’épaule avec la marque de deux garçons”. L’enfant reçoit tout de même deux prénoms car les deux corps sont bien visibles, ils s’appellent donc Etienne et Antoine. Ces pauvres êtres ne vécurent qu’une journée.
Ambroise Paré pense que des jumeaux se conçoivent par superfétation ou conception réitérée qui se reconnaît par plusieurs arrièrefais; et quand il n’y en a qu’un ils sont dus a une grande quantité de semence.

Des femmes peuvent avoir des jumeaux ou bessons, mais aussi 3, 4, 5 ou 6 enfants à la fois.

Selon Jacques Dupâquier, membre de l’Institut, la mortalité en bas âge des jumeaux est deux fois plus importante que celle du reste de la population. Cette surmortalité est liée principalement à la prématurité.

Personnellement, à ce jour, j’ai relevé 14 ancêtres jumeaux dans mon ascendance. Il est certain que 5 d’entre eux avaient perdu leur jumeau dans la petite enfance; pour les autres je ne sais ce qui leur est advenu.

J’ai remarqué que les couples de mes ancêtres qui ont des jumeaux ont des ancêtres ayant eu des jumeaux; ce qui conforte l’idée d’hérédité que Jacques Dupâquier évoque.

Certains de mes ancêtres ont eu des jumeaux, j’en ai relevé 64 paires hors ceux évoqués ci-dessus. Trois de ces couples en ont même eu 2 fois !

Antoine Martin Cottray et Marie Victoire Angélique Nouveau Marie Alexandre et Aimée Hortense (°07.02.1812)
Marguerite Crescence et Jean Pierre (°11.12.1814)
Godefridus Smets et Elisabeth Custers Barbara et Petrus (°21.08.1765)
Joannes et Maria Elisabeth (°23.02.1774)
Pierre Mercier et Nicolle Gallou Pierre et Catherine (°14.01.1669)
Nicole et mort-né (°04.02.1670)

Et un couple de mes ancêtres a eu des triplés ! Au XVIIIe siècle, à Fontenay-le-Vicomte, non loin de Corbeil, Jacques Vervan (1696-1736 Sosa 1126) épouse le 10 juillet 1724 Philippe Pillemin (1694-1742 Sosa 1127). Ils ont eu 8 enfants en 10 ans (jusqu’à la mort du père) dont « trois fils jumeaux »:

  1. Marie Magdeleine (1725-An VIII Sosa 563)
  2. Jacques (1727-1727)
  3. Michelle (1729-?)
  4. Pierre, né le 16 et décédé le 18 juillet 1731
  5. Jean, né le 16 et décédé le 21 juillet 1731
  6. Louis, né le 16 et décédé le 21 juillet 1731
  7. Angélique Françoise (1732-?)
  8. Marie Anne (1735-1751)

Et le père ne s’en contente pas puisque le 4 juin 1735, Anne Eustache (veuve Etienne Croisillot) accouche d’un enfant qu’elle dit être de Jacques Vervan; il est baptisé Jacques et porte le nom de Vervan. Cet enfant fait souche à Lisses, non loin de là. Sa descendance fait l’objet d’une généalogie dans la monographie de Lisses, car l’un de ses descendants Jean-Pierre Aristide Vervan (°1935) en a été maire dès 1965.

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La mort de la mère

Rappelons qu’il n’y a ni anesthésie, ni antisepsie, 2% des accouchements sont des cas difficiles (aujourd’hui 1 pour 1000). La mère peut mourir d’hémorragie, de fièvre (la fièvre puerpérale est contagieuse et due au manque d’hygiène et à la pauvreté. Les potions sont plutôt des recettes de sorcières: toiles d’araignées, feuilles, bêtes pilées.

Quelques chiffres:

  • en 1600 en région parisienne, 1 primipare sur 8 meurt en couches;
  • 1 morte en couches pour 80 baptêmes;
  • une femme ayant entre 7 et 10 enfants, 1 femme sur 10 meurt en couches.

Jusqu’en 1730 la césarienne est interdite sur les femmes en vie, ce n’est qu’un recours pour sortir l’enfant et le baptiser après la mort de sa mère. Après 1730, elle est salvatrice mais 80% des mères en meurent.

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La mort de l’enfant

A peine un enfant sur deux atteint l’âge de 5 ans, sans compter les nombreux enfants morts-nés non inscrits dans les registres. Il existe des différences régionales, on survit mieux en Lorraine et Normandie qu’en Languedoc, par exemple. Les causes de mortalité sont très diverses: nourrisson étouffé dans son sommeil, brûlé vif, mort en allant à son baptême ou en nourrice, dévoré par un porc, …

“Furent present en leurs personnes Jehan Thierry masson en terre demeurant à Pavant d’une part et Michel Marquis de pareil état demeurant audit lieu d’autre part. Disant les parties, scavoir ledit Thierry que pour evitter un grand procès qui peut avenir entre eux, allencontre dudit Marquis au subject d’ung enffant qui avoit este donne par ledit Thierry audit Marquis et à sa femme en nourice et audit Thierry appartenant et duquel enffant il avoit arrive accident par ung porc quil avoit tellement blessé quil en aye mort lundy trois heures du matin dernier. Lequel Thierry considerant que ledit enffant aye mort sans la faulte et negligence dudit marquis ny que sa femme et pour … paix et amittie avecq lui a recongnu avoir fait laccord et traite qui ensuit. Cestascavoir que ledit Thierry a ceddé et quitte audit Marquis tous les dommages et interests qui ledit peut et pouvoit pretendre allencontre dudit Marquis au subject dudit enffant. Lequel Marquis considerant lamittie que ledit Thierry lui porte lui a quitte et cedde remis et dellaisse la somme de quinze livres et quil lui doibt tant pour marchandize … que ledit Marquis a fourny … audit Thierry que pour les nourritures et alliments que ledit Marquis a fait a lenffant dudit Thierry et delaquelle somme ledit Marquis nen pretend aucune chose et moyennant quoy tous leurs proces quils dissent peut advenir entre eux sont et demeurent … et assayier et sans quoy ledit Thierry puisse pretendre aucun despent ny dommages et interest allencontre dudit Marquis ny allencontre de Roberde Gerard sa femme dont les parties sesont tenus et tiennent pour bien comptant et quittes lung envers lautre. … prommettant et obligeant … fait en lestude et le septiesme jour de octobre apres midy lan mil six cent cinquante et ung en la presence de Anthoine Duclerc Jacques Chappelle … demeurant a Charly temoins et ont signez exepte lesdites parties qui ont declare ne scavoir escrire ne signer de ce interpellez notiffie ce jour.”

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Le baptême

Depuis le Concile de Trente on doit baptiser le nouveau-né dans les trois jours suivant sa naissance. On constate sur les registres paroissiaux qu’ils le sont souvent dès le jour-même voire le lendemain. La mention des parrain et marraine est rendue obligatoire. Et depuis l’Edit de Villers-Cotterêts de 1539 les nouveaux-nés doivent porter le nom de leur père (cas particulier).

ex : Revin (Ardennes) en 1565 : un fils à Perotte a été baptisé.

L’ordonnance de 1667: doivent être indiqués les prénoms de l’enfants, les noms et prénoms des père et mère, parrain et marraine.

Le baptême est un sacrement faisant entrer l’enfant dans la communauté des chrétiens. L’Eglise veut le sauver de la mort spirituelle par le baptême, qu’il vive est moins important. Aussi en cas de danger lors de l’accouchement la sage-femme peut être amenée à réaliser un baptême intra-utérin ou à l’ondoyer au sortir du ventre. S’il est mort-né, on l’emmène dans un sanctuaire à répit: petite chapelle où il est censé pouvoir retrouver la vie le temps du baptême.

Au Moyen-Age et jusqu’au début du XVIIe siècle malgré l’interdiction du Concile de Trente, le baptisé a plusieurs parrains et marraines. L’acte de baptême a une grande importance comme l’acte de naissance aujourd’hui.

FORMULES D’ACTES DE BAPTEMES

MM les Curés doivent avoir une scrupuleuse attention à écrire les noms de Baptèmes & de Familles correctement & dans leur ordre : ils sont aussi priés de renvoyer les présentes formules avec le Registre qu’ils déposeront au Greffe.
L’an ….. et le ….. du mois d….. a été baptisé par moi, Curé soussigné (Vicaire ou Prêtre.) N….. (le nom donné à l’enfant)(ou née) d’aujourd’hui (ou d’un autre jour.) à ….. heures (du matin ou du soir.) du légitime mariage de NN….. & de NN….. son épouse (marquant les noms, surnoms, qualités ou conditions & professions des père et mère) de cette Paroisse (ou de la Paroisse de …..) Le Parrain a été NN….. & la Marraine NN….. (mettant les noms, surnoms, qualités & professions) le père présent (ou absent) qui a signé (ou déclaré ne le savoir) de ce interpellé. Baptême d’enfant légitime.
Nota : Dans l’enregistrement du Baptême des enfants jumeaux, on fera pour chacun un acte séparé, commençant par celui qui est né le premier. Le premier Acte sera écrit dans la forme ordinaire. Dans le second Acte, après les jour et heure de naissance de l’enfant, on mettra ces mots : Né après N….. dont l’Acte de Baptême est ci-dessus, du légitime mariage de … (comme ci-dessus.) Baptême d’enfant jumeaux.

Le prénom ou nom de baptême est un héritage: celui d’un parent, du parrain ou de la marraine, du saint auquel on le confie, du saint patron paroissial, ou de l’enfant précédemment décédé. Le baptême permet d’honorer les membres de la famille comme les grands-parents. 80 % des prénoms sont pris dans la famille, 10% sont ceux des jours de fête et 10% sont de choix libre.

Le choix des parrains et marraines relève de stratégies, obtenir qu’un haut personnage soit parrain de l’enfant assure l’avenir du filleul. Les parrains et marraines sont le plus souvent choisis dans la parenté proche, mais aussi parents de parents, voisins, relations de métier, car c’est un moyen de consolider des liens.

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Les premiers mois de la vie

La mère ne sort pas avant ses relevailles, pas plus que l’enfants après son baptême. Il est emmailloté pour modeler son corps, pour qu’il ne marche pas à quatre pattes comme un animal. Le maillot comprends de nombreuses pièces dont un bonnet fait de plusieurs pièces avec une bande collant ses oreilles contre la tête. Il est bras le long du corps, jambes tendues. Il ressemble a une momie enveloppée de trois épaisseurs de lange quelle que soit la saison. C’est une sorte de ballot immobile placé dans une hotte.

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