Carabinier dans la cavalerie !

Ces derniers jours j’ai eu le bonheur de débloquer l’une de mes rares branches qui ne dépassent pas le XIXe siècle. Ce miracle a eu lieu grâce au Fonds Andriveau (fiches de mariages relevées depuis 1830 et seule trace des actes originaux de l’état civil parisien partis en fumée lors de la Commune) et grâces aux relevés disponibles sur FILAE qui m’ont permis de pister mes ancêtres à travers la France !

Tout est parti de Marguerite Delianne que je pensais à tort depuis des années s’appeler Marguerite Deliaune. Tous ses descendants sur internet l’appelle d’ailleurs ainsi. Elle est l’épouse d’Eloy Rocard dont on ne sait rien d’autre que l’existence de 2 filles, Marie-Marguerite Rocard (ca 1790-1825) et Elisabeth Marie Cornélie Rocard (1793-1851) qui est ma 6e aïeule.

Et puis son ascendance s’est donc éclaircie !

Elle s’est mariée à Paris, paroisse Saint-Nicolas-du-Chardonnet le 23 octobre 1787 avec Eloy Rocard. Là elle se nomme Liaune ou Lianne. La fiche Andriveau ne donne rien d’autre. Mais je n’ai pas abandonné ! Finalement j’ai trouvé la mention d’un mariage religieux le 12 janvier 1820 avec un certain Claude Didier où elle est bien dite veuve d’Eloy Rocard et, cerise sur le gâteau, ses parents sont indiqués ! Il s’agit de Jean-Baptiste Delianne et Elisabeth Clement. À partir de ce couple c’est une véritable enquête à travers la France qui commence !

Je vais donc retracer la vie de ce “nouvel” ancêtre, Jean-Baptiste Delianne !

Jeunesse

Il nait dans le Boulonnais le 29 mars 1719 à Frencq, fils de Jean et Catherine Quandalle. Il grandit avec au moins une sœur et un frère.

Il se marie près de chez lui, à Maresville, le 5 juin 1742 avec Marie Louise Pannier. Il est alors laboureur. Elle lui donne une fille l’année suivante mais succombe huit jours plus tard.

Carrière

Est-il éperdu de douleur ? Il s’agissait peut-être de l’amour de sa vie ? Toujours est-il que trois ans plus tard il s’engage dans l’armée. Le régiment Royal-Roussillon Cavalerie est stationné dans le secteur à cet époque. Il devient donc cavalier dans ce régiment.

Sa vie sera alors guidée par les déplacements de la troupe.

Il est parrain au baptême de l’un de ses neveux le 26 mars 1746 à Frencq. Il ne s’est sans doute pas encore engagé, cela devrait se faire d’ici la fin de l’année car en 1768 il est cité engagé dans les armées depuis 22 ans. Il assiste à l’enterrement de sa mère le 22 février 1751 à Frencq (période calme pour son régiment), mais sera absent à celui de son père le 18 septembre 1753 à Maresville.

Il combat à la bataille de Lawfeld le , pendant l’invasion française des Pays-Bas autrichiens (une partie de la guerre de Succession d’Autriche). Le maréchal de Saxe mène l’armée française contre les forces combinées des gardes écossais sous la bannière du duc de Cumberland, et des Provinces-Unies, combattant sous les ordres du prince d’Orange. Après un séjour de quelques semaines sur le champ de bataille, le Royal-Roussillon Cavalerie rallie l’armée devant Berg-op-Zoom, et pendant ce siège il exécute quelques courses, où il enlève plusieurs détachements de hussards ennemis.

Siège de Berg-op-Zoom

En 1748, il quitte Bruxelles, où il avait passé l’hiver, pour se rendre au siège de Maastricht. Une armée française placée sous le commandement du maréchal de Saxe assiège et capture la forteresse batave au cours des derniers mois de sa campagne aux Pays-Bas. Après un siège relativement long, la garnison de Maastricht capitule et sort de la ville avec les honneurs de guerre. La paix est signée le , à Aix-la-Chapelle. Voulant traiter « en roi et non en marchand », Louis XV rétrocéda toutefois toutes ses conquêtes autrichiennes sans contrepartie. Le régiment est envoyé à Dôle pendant la paix.

Source : BNF

Le régiment est en quartier à Sarrebourg, Verdun et Vaucouleurs en 1751. Il est encore dans le secteur puisqu’en quartier à Taillancourt en 1752 (quelques décès dans la paroisse l’indiquent). On le retrouve à Landrecies en 1754 : cette année il fait partie du camp d’Aimeries. Ce village vit au rythme des camps militaires, de juin à septembre. Ces camps ayant pour objectif l’entraînement des troupes, la formation des officiers et la sécurisation de la frontière Nord, reçoivent les régiments casernés à Avesnes-sur-Helpe, Landrecies et Maubeuge.

Source : BNF

Il s’était marié à Paris en début de cette même année, le 5 février 1754 paroisse Saint-Sulpice (Source : Fonds Andriveau). Sa femme rentre chez les siens dans la Meuse pour mettre au monde leur premier fils, Jean-Baptiste Delianne (1754-1760) qui ne vivra que 6 ans à Taillancourt. Elle était née dans le village voisin de Jubainville dans les Vosges. Mais vivait depuis au moins ses 2 ans à Taillancourt.

Source : Heredis

Puis le Royal-Roussillon Cavalerie est envoyé à Pont-Audemer. Sa femme met alors au monde leur première fille à Pacy-sur-Eure le 22 août 1755. Le parrain est un cavalier du même Régiment et, comme Jean Baptiste Delianne, de la Compagnie Saint-Aldegonde.

Le régiment occupe ensuite Amiens, puis Châlons en 1756, Haguenau et Landau en 1757,
et part de là pour l’Allemagne sous les ordres du maréchal d’Estrées, qui l’avait commandé autrefois sous le nom de marquis de Courtenvaux. Il assiste à la bataille d’Haastembeck et aux affaires de Minden, Hanover et Zell.

Bataille de Hastenbeck

Bataille de Minden

Le 23 juin 1758, il fournit une charge magnifique à Krefeld.

Et il assiste encore à la bataille de Lützelberg. C’est alors que leur fille et mon ancêtre, Marguerite Delianne doit voir le jour à Cologne.

Source : A.D. 75

Le Royal-Roussillon cavalerie rentre en France à la fin de 1759, il passe l’hiver à Louviers pour se remonter, et reparaît à l’armée en 1760, pour combattre à Corbach, Warbourg et Clostercamp, et en 1761 à Villingshausen. En 1762, il sert sur les côtes. Un fils Louis Albert Delianne a dû naitre dans ces pérégrinations car on trouve son décès en 1763 à Taillancourt, âgé de 3 ans. C’est aussi dans cette période qu’Elisabeth Clement a dû mettre au monde leur fils Pierre Etienne Delianne qui deviendra plus tard à son tour cavalier du 19e régiment de cavalerie compagnie d’Apremont.

Le corps est réorganisé le 26 mars 1763 était alors en garnison à Bourges. Il va la même année à Cambrai, en 1764 à Niort et Auch. C’est à Niort que nait Jean-Baptiste Delianne le 27 4 1765. Il meurt chez eux à Taillancourt l’année suivante.Le Royal-Roussion est dès 1765 à Montauban, puis en 1766 à Thionville. Hubert Delianne, qui ne vivra que 18 ans, nait cette année-là à Taillancourt.

Jean-Baptiste Delianne est reçu à l’Hôtel des Invalides le 21 janvier 1768 comme carabinier Régiment Royal-Roussillon, Cavalerie, Compagnie Lieutenance Colonelle.

Depuis l’ordonnance du 1er décembre 1755 chaque compagnie de cavalerie comprend 40 maîtres : 2 brigadiers, 37 cavaliers dont 4 carabiniers et un trompette ou timbalier, cette compagnie est commandée par un capitaine, un lieutenant, un cornette (après1757) et un maréchal des logis. L’ordonnance du 25 février 1758 augmente chaque compagnie d’un fourrier.

Uniforme à partir de 1763

Il est attaqué de rhumatismes et se retire à Taillancourt où il est pensionné. Il y a un dernier enfant le 10 mai 1771, une fille, qui ne vivra que le temps du baptême.

Fin de vie

L’épouse de Jean-Baptiste Delianne, Elisabeth Clement, meurt à Taillancourt le 3 novembre 1789. C’est une vie difficile qu’elle a dû vivre comme épouse de soldat, tantôt à suivre les troupes, tantôt à rentrer seule au village. Les enfants ont dû aussi avoir une vie très étrange…

Jean-Baptiste n’est pas en mesure d’assister au mariage de son fils Pierre Etienne Delianne à Toul en 1791. Il est accueilli à l’Hôtel des Invalides où il décède le 3 ventôse An VII (21 février 1799).

Descendance

Sa fille aînée, Antoinette Delianne qui était née à Pacy-sur-Eure, se marie à Taillancourt où elle a de nombreux enfants avant de périr noyée dans la Meuse en l’An III !

Sa seconde fille,  Marguerite Delianne, qui est née à Cologne (estimée 1748 mais plus vraisemblablement 1758), a une enfant naturelle Marie Marguerite qui ne vit que 4 mois en 1784, à Taillancourt. Elle quitte sans doute peu après le village pour Paris où elle se marie à Eloy Rocard en 1787 puis à Claude Didier en l’an V et religieusement en 1820. Ce Claude Didier venait de son village natal.

Son unique fils ayant vécu, Pierre Etienne Delianne entre aussi aux armées. Il se marie à Toul en 1791 et a une fille la même année à Berviller-sur-Moselle.

 

Il en a vu du pays, ce Jean-Baptiste Delianne !

Source : Heredis

Suite avec son épouse par ici…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *